Les grands modèles éthiques

Après l’introduction de son cours autour de la question éthique et de l’éthique et l’EMC, GD, dans son cours, va aborder la question des modèles éthiques. Il structure cette partie autour d’une distinction entre éthiques conséquentialistes, déontologiques et éthiques des vertus. Dans un deuxième temps il distingue éthiques maximalistes et éthiques minimalistes. Il conclue cette partie sur l’approche principiste.

Ethiques conséquentialiste, déontologique, des vertus

Il part de l’expérience de pensée le dilemme du tramway « le tramway qui tue » de Philippa Foot (1967) que l’on retrouve dans la moral machine. Il s’agit alors d’une évaluation des choix qui va prendre plusieurs formes. Selon l’éthique conséquentialiste, l’acte est évalué moralement du point de vue de ses conséquences (les minimalistes). Il y a une projection linéaire sur l’avenir (principe de séquentialité – avis perso). Selon l’éthique déontologique, l’acte est évalué en fonction de certains critères : droits, principes, impératifs (Kant) (principe des données – avis perso). Selon l’éthique de la vertu, l’acte est évalué au regard de l’agent et de la vertu. La vertu étant alors les valeurs que l’agent s’est appropriées. Il s’agit de savoir s’il agit en accord avec lui-même (principe de relation entre soi et la situation).

Avec l’introduction du « gros homme » dans le dilemme du tramway, on observe des réponses différentes de la première situation alors que les conséquences sont identiques (mort d’un homme pour en sauver cinq). Sous IRM, on s’aperçoit que ceux ne sont pas les mèmes zones du cerveau qui sont activées car dans le second cas (le gros homme) l’IRM dévoile que plus nous sommes impliqués et plus les zones émotionnelles de notre cerveau sont actives. C’est la théorie de la dualité des processus en psychologie morale les processus émotionnel et rationnel peuvent entrer en conflit. Ce qui pose la question, in fine, du libre arbitre gouverné par la seule raison. Qu’en est-il alors de nos émotions, de nos affects, de nos désirs ? [en lecture en ce moment le livre de Damiaso – l‘ordre étrange des choses].

GD aborde ensuite le cas du mécanicien amnésique et du problème éthique posé. Cet homme perd la mémoire. A un moment il va tenter de tuer un malade et de violer une infirmière. Mais à chaque fois il ne se souvient de rien. Sachant que, en situation normale, c’est un homme charmant. Le problème éthique posé est le suivant : doit-on employer des mesures de sédation envers cet homme irresponsable et dangereux ou doit-on le soigner contre tout et alors quelles sont les mesures que l’on met en place pour empêcher qu’il ne récidive ?

La même question se pose avec les élèves (cas S.) Comment sauvegarder l’institution, le bon fonctionnement du cours et en même temps permettre à S. de poursuivre ses études ? La question de l’engagement de l’enseignant est importante mais on ne peut contraindre les enseignants à avoir tous cet engagement quand on sait que ce qui cadre ce métier est finalement le droit du travail d’une part et le référentiel du métier et que l’enseignant a un droit de retrait face aux situations qu’il jugera dangereuse pour lui ? L’institution pourrait alors avoir ce rôle mais elle est défaillante, notamment parce qu’elle ne peut pas mettre en place les conditions optimales pour le respect de l’institution et le respect de S. S. est donc mis en sédation éducative et sera virée.

Pour juger de cette situation, ou de n’importe quelles situations, il y a l’approche principiste. C’est une méthodologie qui vise à examiner chaque problème selon 4 principes : le principe de bienfaisance, le principe de non-malfaisance, le principe d’autonomie et le principe de justice. Il s’agit de poser un regard équilibré sur le problème en faisant appel à l’éthique conséquentialiste (les deux premiers principes), l’éthique déontologique (3e principe) et enfin la métaéthique (4e principe).

L’éthique kantienne et les Maximalistes

La distinction entre ces deux approches de l’éthique se fait sur 4 critères et s’appuie sur la notion d’action entrainant un crime. Il s’agit de regarder chaque situation afin de la classer dans une des 4 classes suivantes :

les actions qui visent à causer délibérément du tort à autrui. Cela a pour conséquence qu’il y ait une victime. Délibéremment signifie de manière volontaire et intentionnelle. On peut avoir l’intention et ne pas avoir la volonté auquel cas il n’y a pas de victime et on peut passer à l’acte sans jamais avoir pensé à faire du mal comme dans un accident de voiture.

Les offenses envers des entités abstraites (siffler un hymne national etc.) Où est la victime ? Les conséquence, (NDC) sont que pour pallier ce problème, on va donner des personnalités juridiques, c’est à dire une fiction,  à des entités non-humaines comme les fleuves, qui interroge sur la notion d’écocide dans le cadre du droit de la nature, ou les robot (ici, ici ou ici).

Les conduites qui ne causent des dommages directs qu’à soi-même. Là encore, où est la victime ?

Enfin les conduites entre personnes consentantes et qui ne causent aucun dommage direct à des tiers (le lancer de nains, le sadomasochisme, l’euthanasie). Et là encore, la question de où est la victime ?

Une fois ces critères posés, un minimaliste ne considèrera que la position où il y a une victime. Il ne condamnera pas les cas 2, 3 et 4 car il n’y a pas de victime. Un maximaliste, lui, aura une position morale et envisagera les 4 cas. Toute la question sera, pour un minimaliste de poser la question de la victime et de l’action qui porte préjudice et du dommage occasionné. Ce qui entre alors en ligne de compte est le fait qu’il y ait une victime directe de l’action et que le préjudice soit intentionnel ou non. L’action a-t-elle produit un dommage direct à une personne et est-il intentionnel. Un accident de voiture, il y a un dommage direct main non intentionnel. Il y a cependant une victime donc condamnation, mais moins grave que dans le cas d’un crime.

Pour un maximaliste (KANT) ce qui est au coeur est la notion de respect de la dignité. La DIGNITAS romaine est la contemplation de la beauté et du divin, de la majesté des choses. Elle s’oppose à la VENUSTAS qui est la beauté que l’on veut s’approprier. Au sens politique, seuls, les grands hommes peuvent être respecté pour leur dignitas. En raison de l’usage traditionnel de l’historiographie, le mot dignitas, qualifiant le rang social, semble présenter un terme évident pour désigner le prestige social à Rome. Mais certains historiens américains (J. Lendon, C. Barton) voient aussi dans la dignitas l’équivalent de la notion moderne de l’honneur. Sur la définition de la dignité sur wikipedia et sur le CNRTL.

Kant va universaliser la notion de dignité (mais apparemment cette universalité de la notion se retrouve aussi chez les stoïciens – art wikipedia). Toute personne mérite d’être respectée. Une personne, c’est une entité qui a une conscience d’elle-même. C’est un infini, c’est à dire une personne qui a  une valeur intrinsèque absolue (elle n’est pas relative dans le contexte), incomparable (deux vies ne sont pas interchangeables), inconditionnelle (ne dépend pas des conditions matérielles) et intangible (auquel on ne peut porter atteinte).

L’humanité que nous portons tous est une valeur absolue et inviolable, y compris par soi même ce qui permet d’interdire le suicide par exemple car c’est un crime contre l’humanité. De là découle aussi les débats sur le don d’organe (se porter atteinte à soi-même), sur la condamnation de l’onanisme (faire usage de soi comme un objet).

Ce qui explique par exemple, dans le dilemme du tramway que l’on ne puisse pas choisir entre un mort et cinq morts. On ne peut pas donner une valeur relative ni variable à une personne. Seuls les objets peuvent se voir affecter un prix. Dans cette acceptation, la personne est toujours une fin en soi et non un objet. Nous sommes donc dans une axiologie (système de valeurs) double entre personnes qui ont une dignité et les choses matérielles qui peuvent se voir affecter une valeur.

En Droit, définir une personne, c’est définir un sujet sur laquelle la loi s’applique et non un objet de. Ce qui explique par exemple la fiction de personnalité morale. Ce qui fonde le choix de cette personnalité, c’est son utilité pratique.

Donc les hommes sont des fins et non des moyens et la dignité est liée à la conscience de soi et à la reconnaissance en droit de la personne comme sujet. Les choses matérielles ont un prix, les personnes ont une dignité. La conscience de soi permet alors d’exprimer un « je » qui se présente au monde.

Cette dignitas trouve son origine dans la raison qui s’oppose à la sensibilité. La volonté est soit mue par la raison et elle trouve là son autonomie, soit elle est mue par les sentiments et elle n’est pas autonome mais hétéronome. D’où la personne doit rechercher la bonne volonté, c’est à dire la capacité à faire son devoir par respect du devoir et non en vue d’avantages. L’intention prime alors l’action. La raison prescrit alors des impératifs moraux universels.

De cela découle donc deux impératifs catégoriques : Une action est bonne si elle est universalisable sans conditions et on ne peut utiliser l’autre comme un moyen puisque l’autre est une fin en soi.

La morale kantienne pose problème quand on aborde la question du mensonge (on ne doit pas mentir) mais aussi les questions liées au suicide, à l’euthanasie et au don d’organe…

Ethiques minimalistes

Ce qui est au coeur du minimalisme, c’est l’absence de victime. C’est la frontière qui fait que l’on a pas à s’occuper de morale. Une victime est une personne qui subit un dommage de la part de autrui. Le père du minimalisme en politique, c’est JS Mill (de la liberté – 1859), qui reste par ailleurs en morale un maximaliste. Il borne bien par exemple le principe de minorité et de majorité. D’abord politique, R Ogien l’étend au domaine moral. Une grande distinction entre minimaliste et maximaliste, et entre droit continental et droit anglo-saxon c’est la propriété du corps. Pour les uns, « je suis mon corps », pour les autres « j’ai mon corps ».

Il y a trois principes (énoncé par Ogien en 2007). L’indifférence morale du rapport à soi même, s’oppose au principe d’asymétrie kantien, et signifie que ce que l’on se fait à soi-même  n’a aucune importance morale. « Je » ne se doit rien à lui-même et personne ne peut vouloir le bien d’autrui, car c’est une ingérence intolérable. C’est particulièrement le cas de l’Etat chez Ogien qui ne peut intervenir dans aucun des aspects de la vie individuelle.

Le deuxième principe est celui de non nuisance envers autrui de manière directe et intentionnelle. C’est la raison qui peut permettre de condamner moralement une action. Le consentement, mais il restera à définir ce que c’est, annule toute faute morale. Selon ce principe, comment traiter le cannibale de Rothenburg ou encore est-ce que le dilemme de l’inceste n’entraine pas de dommage psychique quand même ?

En ce qui concerne le consentement, on parle de consentement implicite (induit par la situation), tacite (non verbal mais évident), explicite (qui demande une autorisation verbale), présumé (qui est déduit de l’absence d’un refus explicite) ou différé (qui concerne un acte futur).

Le consentement doit donc être éclairé. Cela signifie que la personne comprend l’acte (notamment médical), les conséquences de cet acte, les alternatives possibles, les avantages et les inconvénients de chaque solution proposée. Il est libre. C’est à dire qu’il y a une absence de contraintes, qu’il y a un accord explicite de la personne sans contrainte et sans influence. Qu’il est laissé à la personne le pouvoir d’agir autrement et qu’il y a a spontanéïté (cause intuitive de l’acte – pas compris !).

Le troisième principe est l’égale considération de chacun et concerne l’aide à apporter à autrui. C’est donc l’obligation du devoir d’assistance et de bienfaisance. Je dois aider autrui s’il me demande de l’aide, ou s’il est mineur?, et si sa demande est légitime. Quelle position alors prendre quand je suis témoin d’un suicide, indépendamment de l’obligation légale d’aide à personne en danger ?

Le minimalisme n’est envisageable que si la personne est autonome. Ce qui suppose de poser la question de l’autonomie. Est autonome la personne ou la société qui se régit par ses propres lois. C’est à l’origine un concept politique grec qui signifie l’autodétermination d’un Etat. Aristote, les stoïciens, Rousseau et Kant vont intérioriser et individualiser la notion. Autonomie signifie « auto = soi-même » et « nomie = loi ». L’autonomie, c’est donc obéir à des lois qu’on s’est fixées. « L’individu autonome agit librement en accord avec un projet qu’il a lui-même choisi, comme le fait un gouvernement indépendant qui administre ses territoires et met en place ses politiques » (PBE)

On énonce 4 limites au minimalisme, notamment dans le cadre éducatif. En premier lieu, n’est libre et autonome que la personne majeure et non protégée ou à protéger. Quelles sont alors les limites de l’autonomie ? Ce qui pose aussi la question de à partir de quand est-on majeur et autonome ? L’autonomie demande un minimum de rationalité et d’objectivité. C’est une limite légale mais ce n’est pas suffisant pour définir cet objectif. L’autonomie serait alors l’horizon de la relation éducative. GD fait un parallèle avec l’idée de soin. L’autonomie serait aussi l’horizon du soin.

La deuxième limite pose la question des devoirs envers soi-même. Il y a des conduites qui sont condamnables, même quand autrui n’est pas concerné ? A l’école, peut-on tout accepter ? Les conduites déviantes ? Les conduites addictives ? Les conduites à risque ? Les conduites ne répondant pas à la morale sociale ? Et qu’est-ce que la morale sociale ? Le cas « des filles en jupes qui ne se respectent pas ». Outre ces conduites, il y aussi des valeurs sociales positives à privilégier : comment apprendre sans faire d’efforts ? Comment se projeter vers l’avenir en confiance ? Comment avoir de l’empathie envers autrui si on ne fait pas d’effort ? Quid de l’engagement dans ses apprentissages, au delà du discours sur la motivation.

L’idée qu’un acte solitaire puisse ne causer de tort qu’à soi n’est-il pas une vue de l’esprit. La société n’est pas une collection d’individus mais des personnes en interrelation plus ou moins intenses. Sans compter l’axiome selon lequel on a besoin des autres pour apprendre. Cf. Les âges de l’enfant. Mais même en société, on a besoin des autres. Cf. Les théories de la reconnaissance (Hégel – Axel Honneth). J’ai besoin des autres pour devenir autonome.

Enfin dans le domaine scolaire, l’école doit-elle être neutre moralement et peut-elle l’être ? Le maître est porteur de valeurs. GD termine par cette question : faut-il exclure toute instruction morale à  l’école ou en construire une de manière consciente et collective ?

L’approche principiste

Quatre principes sont énoncés ; l’autonomie de la personne, la bienfaisance, la non-malfaisance et la justice (principe de non discrimination, répartition juste et équitable des soins…) Aucun des 4 principes n’est premier.Il faut accepter de traiter au cas par cas, selon les situations. Selon Beauchamp et childress il y a donc « obligation morale de respecter l’autonomie de la personne », obligation de « ne pas lui faire de tort », « agir de manière à lui procurer des bénéfices » et enfin « être équitable vis à vis de la personne, vis à vis des autres malades et vis à vis de la société tout entière ». Il s’agit alors de faire des arbitrages entre ces 4 principes afin de proposer une solution équilibrée.

La bienfaisance, c’est agir pour le bien de la personne afin de lui procurer un bénéfice positif (balance bénéfices/risques). La non-malsaisance fait appel à l’intention du soignant (de l’enseignant). L’autonomie a des obligations négatives et positives. Il s’agit de respecter la volonté du patient et la liberté de la personne, mais quid d’un mineur ? Enfin dans les obligations positives, il y a obligation de promouvoir / restaurer l’autonomie. C’est en ce sens que l’autonomie est aussi un processus en construction entre un aidant et un aidé. Enfin le principe de justice s’inscrit dans un contexte de rareté ou tout le monde doit pouvoir être soigné/éduqué et de manière équitable selon les besoins, les bénéfices attendus et les risques encourus.