Pré-requis didactique et pédagogique d’une CRP

Ce qui suit est la réflexion issu du cours de Olivier Blond Rzewuski (OBR) le 25 avril 2018 au CRI Montparnasse pour le cours de DU philosophie à l’école et dans la Cité. Ce cours est enrichi par des références de l’auteur de l’article.

Dans un premier temps, OBR propose un contrat didactique qui va guider le débat. Il souhaite que, par ce contrat, tous les termes du débat soit expliciter et que les finalités du débat soit annoncées.

Pour lui les finalités suivantes sont envisageables même si elles ne sont pas toutes compatibles entre elles :

  • finalité philosophique : l’animateur a une position centrale dans la CRP. Il s’agit de développer une pensée philosophique, avec ou sans les auteurs, ou/et un penser philosophique, qui envisagent la discussion sous la forme problèmes, arguments, concepts. Il s’agit aussi de donner du plaisir à penser.
  • finalité démocratique (DVDP) : l’animateur est en retrait. Il s’agit à la fois de poser le cadre de la discussion ET de vivre une expérience démocratique. A LIRE https://parlonsapprentissage.com/favoriser-lemergence-dune-pensee-critique-par-la-pratique-du-dialogue-philosophique/
  • finalité laïque : il s’agit de distinguer ce qui est de l’ordre de la croyance et ce qui est de l’ordre de la science, sans dogmatisme, dans le respect de chacun et dans la tolérance cadrée des idées de chacun. Les bornes sont la vérifiabilité/réfutabilité des arguments et la loi. La causalité est au coeur de cette finalité.
  • finalité thérapeutique : l’atelier se situe alors dans le cadre de la construction du sujet. Thérapeutique ne signifie pas ici cure mais care. Il ne s’agit donc pas de soigner, indépendamment du sujet, mais bien de prendre en compte le sujet dans sa singularité. Attention à bien ancrer le débat philosophique publiquement et ne pas aller vers une relation soignant/soigné privilégiant la confidentialité.
  • finalité opératoire : le débat est un prétexte à un apprentissage. C’est un dispositif d’enseignement qui vise un autre apprentissage que philosophique ou démocratique. Le débat apporte alors peut-être un supplément d’âme.
  • finalité langagière : le débat vise à encourager la prise de parole publique, le respect des règles de prise de parole et vise à développer le langage chez l’élève et l’acquisition de vocabulaire, c’est à dire des outils pour penser.

A partir des finalités, on peut travailler sur l’espace,  les rôles et les règles qui devraient être reconstruit chaque saison (sens des séries), par rappel et par enrichissement. Tout est toujours à reconstruire et à expliciter.

L’espace constitué par la communauté, rendu visible physiquement par la situation de communication et le dispositif mis en place et est un hors du temps normal. Il est une parenthèse, à la manière d’un réalisme magique.

Elle se fait dans un espace spécifique où chacun se fait face et où l’observation de l’autre en train de parler, l’écoute véritable est obligatoire. Johanna Hawken dit « Dans les discussions que j’anime, je dis toujours qu’on écoute autant avec les yeux qu’avec les oreilles et je demande que le groupe regarde la personne exprimant sa pensée : car en regardant la personne, on l’écoute mieux, on s’imagine mieux d’où elle parle, on parvient mieux à comprendre sa pensée. »

Il s’agit ainsi de constituer un espace publique, préalable à la constitution de la communauté de recherche. Michel Tozzi affirme ainsi que Par l’instauration d’un espace communicationnel garanti par des règles de fonctionnement démocratique, des points de vue différents peuvent se confronter de façon pluraliste et respectueuse.

Cet espace institue un groupe en “ communauté de recherche ” : des élèves forment le projet d’approfondir collectivement un problème difficile à résoudre, chacun donnant à sa parole un statut d’hypothèse à interroger pour vérifier sa pertinence.

L’animateur, indépendamment des rôles qui peuvent être distribués dans la communauté a pour obligation d’être bienveillant et exigeant. Selon les finalités choisies, il va naviguer sur un curseur entre omniprésence et effacement (ce qui ne signifie pas non-présence, mais absence d’intervention dans la discussion). Il doit donc écouter, rassurer, reformuler, synthétiser… et se taire.

Il est le garant du cadre dont la finalité est la protection des membres, garantie de l’expression. Le principal aspect de ce cadre est de reconnaître l’élève participant comme un interlocuteur valable et de le définir comme un axiome indépassable.

Michel Tozzi le rappelle : « L’enseignant est l’animateur du débat sur le fond. Il met en place le dispositif, demande des volontaires (toujours préférables à des « désignés ») pour les fonctions, installe les élèves dans leur nouvelle fonction en leur demandant de reformuler leur « métier », veille au bon déroulement de l’ensemble (il étaye une fonction qui faiblit), anime la phase métacognitive sur le débat après la discussion. » A poursuivre la lecture du rôle de l’animateur.

La question des rôles des élèves dépend en partie des finalités choisies et du style de l’animateur. On va distinguer fortement les discutants qui peuvent échanger et les observateurs silencieux à qui on confie des rôles précis, comme autant de part de la réalité.

Parmi les discutants, outre l’animateur, Tozzi définit trois fonctions principales : président de séance qui donne la parole et qui est le garant du temps, reformulateur, synthétiseur (ce dernier rôle est compliqué à tenir pour un enfant).

L’élève président doit  répartir la parole selon des règles : donner la parole à ceux qui lèvent la main par ordre d’inscription, avec priorité à ceux qui ne se sont pas exprimés ou se sont moins exprimés que d’autres… il ouvre et ferme la séance selon le temps convenu préalablement avec l’enseignant ; de même il gère le reformulateur en lui donnant la parole à + x minutes.

L’élève reformulateur, à la demande de l’enseignant, redit ce qui vient d’être dit par un camarade : il apprend à écouter, à comprendre ce qu’il a entendu, à le redire comme s’il était un autre. Il ne s’exprime pas.

L’élève synthétiseur, reformulateur à moyen terme, écoute et essaye de comprendre, note ce qu’il a compris, et renvoie au groupe lorsque le président le lui demande ce qu’il a retenu à partir de ses notes.

D’autres rôles peuvent exister :  le scribe peut utiliser le tableau blanc et faire en directe une prise de note de ce qui est dit. On pourrait envisager aussi un élève sur ordinateur vidéo-projetant sa prise de notes, via un traitement de texte, un traitement d’image ou une carte mentale.

Les secrétaires sont chargés de prendre des notes manuscrites textuelles ou de passer par du Sketchnoting (ici, ici, …) qui confrontent leurs prises de notes afin d’en faire une synthèse.

Parmi les observateurs, il peut y avoir celui qui observe la distribution de la parole et dessine les interactions dans le cercle philosophique, celui qui observe les processus de pensées à l’oeuvre (compliqué) Il peut aussi y avoir le gardien du sujet, celui qui est garant que la discussion ne dévie pas.

Tout le monde peut échanger, quelque soit son aptitude à prendre la parole, à charge pour l’animateur de prendre en compte les petits parleurs et éviter les phénomènes de tyrannie des agissants/spirale du silence.

La discussion a des formes instituées : ne pas chuchoter, respecter la parole de l’autre, ne pas prendre intempestivement la parole, ni la monopoliser, ne pas se moquer ni rire, ne pas s »amuser, lever la main et la baisser quand un élève s’exprime… Cette question de la parole correspond en fait à la volonté de ne laisser personne au bord du chemin.

Les règles visent à structurer et à pacifier les échanges. Il s’agit de cadrer ce qui peuvent parler et ceux qui doivent se taire, rappeler les règles de la prise de parole et les fonctions des différents rôles.

Un objectif possible est que les élèves apprennent à exprimer formellement leur pensée, dans le cadre de la discussion (finalité démocratique et langagière), en se servant de trois inducteurs de parole distinctes :

  • je suis d’accord avec les idées de… Comme le dit…
  • Je ne suis pas d’accord avec les idées de…
  • Je veux proposer une autre idée…, / J’ai quelque chose à rajouter…

C’est un apprentissage de la frustration. Ils ne pourront pas dire tous les arguments auxquels ils pensent au moment où ils les pensent, mais ils doivent s’inscrire dans le fil de la discussion, qui est central et qui structure la mise en communauté.

Ce qui suppose qu’ils suivent la discussion afin de pouvoir identifier les arguments et donc qu’ils abandonnent leur position où ceux qu’ils veulent dire. Il s’agit, avec Hawken, de faire communauté afin de visualiser l’intersubjectivité dans une perspective dialogique.

Ils leur faut bien rentrer dans le moule de la discussion. « La pensée philosophique évolue de façon circulaire et spiralaire, car elle est vouée à retrouver sans cesse les mêmes idées, afin de les réexaminer, de les approfondir ou de les nuancer… la circulation des idées constitue l’un des critères de la discussion philosophique« .

Olivier Blond Rzewuski inscrit ce débat (que d’autres appellent « discussion ») en dehors du débat politique qui consiste à convaincre un auditoire du bien-fondé d’un vote et en dehors du battle/joute oratoire qui consiste à avoir raison (l’art d’avoir toujours raison de Schopenhaueur). Une discussion réussie serait une discussion ou les participants auraient abandonnées leur position première pour s’approprier ce que la communauté aurait construit. C’est de l’ordre du conflit socio-cognitif.

L’intérêt de la CRP se mesure dans le temps. Comme le dit Michel Sasseville « Pratiquer la philosophie avec les enfants de cette manière ne se résume pas à faire parler les enfants à propos de sujets dits «philosophiques». Elle suppose une vision d’ensemble d’une structure de formation de la pensée qui ne saurait se réduire à quelques périodes ici et là où les enfants sont invités à réfléchir sur le sens de leur expérience et, comme par magie, développeraient ainsi leur pensée et leur jugement« .

C’est par la répétition des séances et par le retour métacognitif que les élèves s’approprient en premier lieu les rôles et les règles et dans une second temps, les modalités de la discussion qui vont bien au delà de la simple prise de parole (aspect formel) et doivent déboucher sur respect de l’autre et empathie mais aussi sur l’acquisition d’habiletés de pensée conscientisées et bien sûr de connaissances partagées.

Ces divers aspects, respect, empathie, habiletés, connaissances ne sont envisageables que si l’élève, individuellement, fait œuvre d’attention (objet d’attention, filtrage, sélection, pertinence, intensité d’absorption dans la tâche) et de concentration (entre mode diffus et mode concentré), et met à distance la distraction, dans le contexte de la CRP. l’empathie est directement liée au fait de « savoir prêter attention aux choses, et aux gens », donc à notre capacité d’attention.

In fine, la CRP est un dispositif d’apprentissage dont on peut découvrir les principaux aspects sur le blog c-campus.

Individu

  • Un individu est un quelqu’un d’unique qui appartient à une espèce donnée et qui en a les caractéristiques (être humain – voir plus haut). Il a une frontière (le corps), il ne peut être coupé (deux moitié de chien ne font pas deux chiens). Il peut être compté. C’est aussi une entité qui ne peut être divisé par opposition à un groupe. Il est visible sous la forme de son corps. Aujourd’hui avec la nouvelle vision du biotope en symbiose avec l’individu, et les relations globales aux bactéries, mais aussi avec l’hypothèse Gaïa, le périmètre de l’individu devient beaucoup plus flou.

Un individu possède des différences mineures par rapport à un un autre individu qui sont d’ordre génétique (génétique des populations) et culturel (apparence, comportement évolue dans le temps et dans l’espace différemment d’un autre, caractère, culture, communication…) Il est également une identité génétique individuelle unique.

Qu’est-ce que l’autonomie ?

L’autonomie est un concept en faisceau, c’est à dire difficilement réductible à une explication simple. Il prend en compte à la fois le couple dépendance / indépendance et le couple physique / psychique. La dépendance physique n’empêche pas l’autonomie car je conserve la capacité à délibérer et à décider. L’autonomie n’est ni l’indépendance ni la liberté de mouvement si je n’est pas capable de réflechir à ses actes. Le rapport entre la servitude et l’autonomie est à discuter. Peut-on faire le choix autonome de la servitude (cf. La Boétie. De la servitude volontaire) ? L’autonomie requiert un minimum de rationalité (agir avec raison) et de responsabilité (intention et projection et volonté)

L’autonomie est volontaire (je fais usage de ma volonté), réflechie (j’envisage les conséquence, mais je réfléchis aussi aux conditions de la faisabilité – en un sens il y a dans la notion de réfléchi la notion de projection), intentionnelle (j’ai l’idée de le faire – à distinguer de la volonté qui est la mise en route) et libre. On retrouve dans la notion d’autonomie la notion de consentement éclairé et libre. Consentir, c’est le faire de manière autonome, y compris en souscrivant, de cette manière à la servitude. cf. L’âge de cristal (1976). Peut-on vivre une vie de plaisir avec un âge limité (30 ans) ?

Beauchamp et Childress (1979) examinent trois conditions de l’action autonome en contexte normal : pouvoir agir intentionnellement, avec compréhension de la situation et sans influences extérieures exerçant un contrôle (contraintes) sur leur action (hypothèse du libre-arbitre).

En ce qui concerne l’intention, elle est soit présente, soit elle ne l’est pas. Par contre en ce qui concerne la compréhension et l’influence, il y a une question de degré. La personne qui agit a-t-elle une compréhension optimale de la situation (pas sûr quand on sait que pour enclencher l’action, il n’est pas possible de connaître l’ensemble des informations à dispositions – la prise de décision est toujours quelque chose de flou) et est-elle plus ou moins sous influence. Parmi les influences, on peut noter les contraintes sociales (interdits, normes, valeurs…), les discours sociaux et tout de qui est de l’ordre de l’éthique prescriptive, et les contraintes et influences des proches, c’est à dire autrui que j’autorise à franchir le périmètre de mon intimité, de manière plus ou moins profonde. Concernant cette question de l’influence, l’inceste du dilemme de l’inceste est-il possible ? La situation est-elle possible sans entraves sociales puisque les normes sociales sont dans les personnes ?

Les compétences que requiert l’autonomie sont variables et graduelles. Par exemple, peut-on faire preuve d’esprit critique quand on ne connaît rien du domaine scientifique dans lequel on évolue. Par exemple peut-on prendre une décision d’achat d’une voiture d’occasion alors qu’on a pas la main sur le moteur mais seulement sur la notoriété du vendeur ? L’autonomie est conditionnelle. Il s’agit alors plutôt de parler de degré d’autonomie. L’autonomie est déterminée et située.

Selon Baertschi (in Durant et jean (Dir.) l’autonomie à l’épreuve du soin, 2015) il y a trois niveaux d’autonomie. L’autonomie de la personne qui est la capacité générale à évoluer et à être l’auteur de sa vie ; l’autonomie de la volonté, c’est à dire la capacité à faire des choix librement dans la situation (exemple de la personne alcoolisée qui conserve soin autonomie générale mais n’a pas, pour l’heure sa volonté) et l’autonomie de l’action et de la décision. Quelle est alors la part d’autonomie dans la décision.

On dénote également trois modèles de l’autonomie. Le modèle kantien de l’auto-législation. Les actions que je fais le sont en fonction de la raison et dépourvu de tout recours aux sentiments. La personne agit selon une loi naturelle qui est celle de la raison. Le modèle de l’indépendance ou de l’autodétermination (Locke – Mill) qui est la capacité ultime qu’aurait l’individu de penser et d’agir en connaissance de cause, selon ses opinions, ses croyances, ses valeurs, ses désirs. L’action est faite par la personne en fonction de qui elle est. L’action se doit donc d’être conforme à qui elle est. Enfin le modèle du plan de vie (Rawls). L’action est conduite selon un projet ou un style de vie, selon une conception de la vie bonne que l’on a librement choisie. Il y a là la notion de projection qui est au centre.

Pour Durant (2016) l’autonomie s’acquiert. Il y a trois niveau d’autonomie, les aptitudes intellectuelles (quelqu’un qui n’aurait qu’une intelligence pratique, comme un animal, est il autonome (NDC) ? Il faut une absence de contraintes, sachant que dans un environnement social, la contrainte est toujours présente dans le regard des autres. Voir par exemple la fabrique du conformisme social sur les réseaux sociaux. ENfin le troisième niveau est celui de l’autorité dans le sens être auteur. Il y aurait là aussi des choses à dire sur ce que signifie être auteur. AU niveau juridique, c’est la production d’une oeuvre originale (la qualité esthétique est absente de la définition). Quelle différence entre auteur de ses actes, et acteur de la situation ?

Pour durant l’autonomie est variable et comporte des degrés. Il détermine 7 degrés. Le premier est l’aptitude à exprimer ou communiquer une préférence ou un choix. Reste à se mettre d’accord sur ce qu’est communiquer et sur ce que l’autre veut dire, avec quel langage il s’exprime.

Le second degré est l’aptitude à comprendre la situation dans laquelle on se trouve. La compréhension est quelque chose de très fluctuant. Elle dépend de l’information que je prend dans l’environnement dans lequel je suis et de ma capacité à prendre cette information. Dans le modèle de l’orchestre, tout communique avec tout. AI-je les capacités minimales ‘observation pour prélever de l’information ?

L’aptitude à comprendre l’information pertinente. La question de la pertinence est intéressante à noter. elle est pertinente par rapport à mon projet ? Par rapport à la situation dans laquelle je suis ? De plus la pertinence suppose un classement, un ordre ? Comment est-il construit ?

L’aptitude à apporter une raison (raisonnement). C’est la fonction de justification de son action. J’ai fait ça parce que !

L’aptitude à apporter une raison rationnelle. Ce qui est mis en avant ici est la cohérence du discours et l’enchaînement logique des propositions sans prendre en compte le contenu. Une personne délirante peut être cohérente, est-celle alors autonome ?

L’aptitude à apporter des raisons relatives aux risques et avantages. La réflexion a envisagé les pours et les contres de la décision et à donc fait un choix en conscience.

L’aptitude à parvenir à une conclusion raisonnable, c’est à dire jugé raisonnable par une personne de jugement (un autre moi même aussi raisonnable que je le suis).

Plus qu’un donné, l’autonomie est d’abord un processus toujours recommencée pour chaque décision.

Les grands modèles éthiques

Après l’introduction de son cours autour de la question éthique et de l’éthique et l’EMC, GD, dans son cours, va aborder la question des modèles éthiques. Il structure cette partie autour d’une distinction entre éthiques conséquentialistes, déontologiques et éthiques des vertus. Dans un deuxième temps il distingue éthiques maximalistes et éthiques minimalistes. Il conclue cette partie sur l’approche principiste.

Ethiques conséquentialiste, déontologique, des vertus

Il part de l’expérience de pensée le dilemme du tramway « le tramway qui tue » de Philippa Foot (1967) que l’on retrouve dans la moral machine. Il s’agit alors d’une évaluation des choix qui va prendre plusieurs formes. Selon l’éthique conséquentialiste, l’acte est évalué moralement du point de vue de ses conséquences (les minimalistes). Il y a une projection linéaire sur l’avenir (principe de séquentialité – avis perso). Selon l’éthique déontologique, l’acte est évalué en fonction de certains critères : droits, principes, impératifs (Kant) (principe des données – avis perso). Selon l’éthique de la vertu, l’acte est évalué au regard de l’agent et de la vertu. La vertu étant alors les valeurs que l’agent s’est appropriées. Il s’agit de savoir s’il agit en accord avec lui-même (principe de relation entre soi et la situation).

Avec l’introduction du « gros homme » dans le dilemme du tramway, on observe des réponses différentes de la première situation alors que les conséquences sont identiques (mort d’un homme pour en sauver cinq). Sous IRM, on s’aperçoit que ceux ne sont pas les mèmes zones du cerveau qui sont activées car dans le second cas (le gros homme) l’IRM dévoile que plus nous sommes impliqués et plus les zones émotionnelles de notre cerveau sont actives. C’est la théorie de la dualité des processus en psychologie morale les processus émotionnel et rationnel peuvent entrer en conflit. Ce qui pose la question, in fine, du libre arbitre gouverné par la seule raison. Qu’en est-il alors de nos émotions, de nos affects, de nos désirs ? [en lecture en ce moment le livre de Damiaso – l‘ordre étrange des choses].

GD aborde ensuite le cas du mécanicien amnésique et du problème éthique posé. Cet homme perd la mémoire. A un moment il va tenter de tuer un malade et de violer une infirmière. Mais à chaque fois il ne se souvient de rien. Sachant que, en situation normale, c’est un homme charmant. Le problème éthique posé est le suivant : doit-on employer des mesures de sédation envers cet homme irresponsable et dangereux ou doit-on le soigner contre tout et alors quelles sont les mesures que l’on met en place pour empêcher qu’il ne récidive ?

La même question se pose avec les élèves (cas S.) Comment sauvegarder l’institution, le bon fonctionnement du cours et en même temps permettre à S. de poursuivre ses études ? La question de l’engagement de l’enseignant est importante mais on ne peut contraindre les enseignants à avoir tous cet engagement quand on sait que ce qui cadre ce métier est finalement le droit du travail d’une part et le référentiel du métier et que l’enseignant a un droit de retrait face aux situations qu’il jugera dangereuse pour lui ? L’institution pourrait alors avoir ce rôle mais elle est défaillante, notamment parce qu’elle ne peut pas mettre en place les conditions optimales pour le respect de l’institution et le respect de S. S. est donc mis en sédation éducative et sera virée.

Pour juger de cette situation, ou de n’importe quelles situations, il y a l’approche principiste. C’est une méthodologie qui vise à examiner chaque problème selon 4 principes : le principe de bienfaisance, le principe de non-malfaisance, le principe d’autonomie et le principe de justice. Il s’agit de poser un regard équilibré sur le problème en faisant appel à l’éthique conséquentialiste (les deux premiers principes), l’éthique déontologique (3e principe) et enfin la métaéthique (4e principe).

L’éthique kantienne et les Maximalistes

La distinction entre ces deux approches de l’éthique se fait sur 4 critères et s’appuie sur la notion d’action entrainant un crime. Il s’agit de regarder chaque situation afin de la classer dans une des 4 classes suivantes :

les actions qui visent à causer délibérément du tort à autrui. Cela a pour conséquence qu’il y ait une victime. Délibéremment signifie de manière volontaire et intentionnelle. On peut avoir l’intention et ne pas avoir la volonté auquel cas il n’y a pas de victime et on peut passer à l’acte sans jamais avoir pensé à faire du mal comme dans un accident de voiture.

Les offenses envers des entités abstraites (siffler un hymne national etc.) Où est la victime ? Les conséquence, (NDC) sont que pour pallier ce problème, on va donner des personnalités juridiques, c’est à dire une fiction,  à des entités non-humaines comme les fleuves, qui interroge sur la notion d’écocide dans le cadre du droit de la nature, ou les robot (ici, ici ou ici).

Les conduites qui ne causent des dommages directs qu’à soi-même. Là encore, où est la victime ?

Enfin les conduites entre personnes consentantes et qui ne causent aucun dommage direct à des tiers (le lancer de nains, le sadomasochisme, l’euthanasie). Et là encore, la question de où est la victime ?

Une fois ces critères posés, un minimaliste ne considèrera que la position où il y a une victime. Il ne condamnera pas les cas 2, 3 et 4 car il n’y a pas de victime. Un maximaliste, lui, aura une position morale et envisagera les 4 cas. Toute la question sera, pour un minimaliste de poser la question de la victime et de l’action qui porte préjudice et du dommage occasionné. Ce qui entre alors en ligne de compte est le fait qu’il y ait une victime directe de l’action et que le préjudice soit intentionnel ou non. L’action a-t-elle produit un dommage direct à une personne et est-il intentionnel. Un accident de voiture, il y a un dommage direct main non intentionnel. Il y a cependant une victime donc condamnation, mais moins grave que dans le cas d’un crime.

Pour un maximaliste (KANT) ce qui est au coeur est la notion de respect de la dignité. La DIGNITAS romaine est la contemplation de la beauté et du divin, de la majesté des choses. Elle s’oppose à la VENUSTAS qui est la beauté que l’on veut s’approprier. Au sens politique, seuls, les grands hommes peuvent être respecté pour leur dignitas. En raison de l’usage traditionnel de l’historiographie, le mot dignitas, qualifiant le rang social, semble présenter un terme évident pour désigner le prestige social à Rome. Mais certains historiens américains (J. Lendon, C. Barton) voient aussi dans la dignitas l’équivalent de la notion moderne de l’honneur. Sur la définition de la dignité sur wikipedia et sur le CNRTL.

Kant va universaliser la notion de dignité (mais apparemment cette universalité de la notion se retrouve aussi chez les stoïciens – art wikipedia). Toute personne mérite d’être respectée. Une personne, c’est une entité qui a une conscience d’elle-même. C’est un infini, c’est à dire une personne qui a  une valeur intrinsèque absolue (elle n’est pas relative dans le contexte), incomparable (deux vies ne sont pas interchangeables), inconditionnelle (ne dépend pas des conditions matérielles) et intangible (auquel on ne peut porter atteinte).

L’humanité que nous portons tous est une valeur absolue et inviolable, y compris par soi même ce qui permet d’interdire le suicide par exemple car c’est un crime contre l’humanité. De là découle aussi les débats sur le don d’organe (se porter atteinte à soi-même), sur la condamnation de l’onanisme (faire usage de soi comme un objet).

Ce qui explique par exemple, dans le dilemme du tramway que l’on ne puisse pas choisir entre un mort et cinq morts. On ne peut pas donner une valeur relative ni variable à une personne. Seuls les objets peuvent se voir affecter un prix. Dans cette acceptation, la personne est toujours une fin en soi et non un objet. Nous sommes donc dans une axiologie (système de valeurs) double entre personnes qui ont une dignité et les choses matérielles qui peuvent se voir affecter une valeur.

En Droit, définir une personne, c’est définir un sujet sur laquelle la loi s’applique et non un objet de. Ce qui explique par exemple la fiction de personnalité morale. Ce qui fonde le choix de cette personnalité, c’est son utilité pratique.

Donc les hommes sont des fins et non des moyens et la dignité est liée à la conscience de soi et à la reconnaissance en droit de la personne comme sujet. Les choses matérielles ont un prix, les personnes ont une dignité. La conscience de soi permet alors d’exprimer un « je » qui se présente au monde.

Cette dignitas trouve son origine dans la raison qui s’oppose à la sensibilité. La volonté est soit mue par la raison et elle trouve là son autonomie, soit elle est mue par les sentiments et elle n’est pas autonome mais hétéronome. D’où la personne doit rechercher la bonne volonté, c’est à dire la capacité à faire son devoir par respect du devoir et non en vue d’avantages. L’intention prime alors l’action. La raison prescrit alors des impératifs moraux universels.

De cela découle donc deux impératifs catégoriques : Une action est bonne si elle est universalisable sans conditions et on ne peut utiliser l’autre comme un moyen puisque l’autre est une fin en soi.

La morale kantienne pose problème quand on aborde la question du mensonge (on ne doit pas mentir) mais aussi les questions liées au suicide, à l’euthanasie et au don d’organe…

Ethiques minimalistes

Ce qui est au coeur du minimalisme, c’est l’absence de victime. C’est la frontière qui fait que l’on a pas à s’occuper de morale. Une victime est une personne qui subit un dommage de la part de autrui. Le père du minimalisme en politique, c’est JS Mill (de la liberté – 1859), qui reste par ailleurs en morale un maximaliste. Il borne bien par exemple le principe de minorité et de majorité. D’abord politique, R Ogien l’étend au domaine moral. Une grande distinction entre minimaliste et maximaliste, et entre droit continental et droit anglo-saxon c’est la propriété du corps. Pour les uns, « je suis mon corps », pour les autres « j’ai mon corps ».

Il y a trois principes (énoncé par Ogien en 2007). L’indifférence morale du rapport à soi même, s’oppose au principe d’asymétrie kantien, et signifie que ce que l’on se fait à soi-même  n’a aucune importance morale. « Je » ne se doit rien à lui-même et personne ne peut vouloir le bien d’autrui, car c’est une ingérence intolérable. C’est particulièrement le cas de l’Etat chez Ogien qui ne peut intervenir dans aucun des aspects de la vie individuelle.

Le deuxième principe est celui de non nuisance envers autrui de manière directe et intentionnelle. C’est la raison qui peut permettre de condamner moralement une action. Le consentement, mais il restera à définir ce que c’est, annule toute faute morale. Selon ce principe, comment traiter le cannibale de Rothenburg ou encore est-ce que le dilemme de l’inceste n’entraine pas de dommage psychique quand même ?

En ce qui concerne le consentement, on parle de consentement implicite (induit par la situation), tacite (non verbal mais évident), explicite (qui demande une autorisation verbale), présumé (qui est déduit de l’absence d’un refus explicite) ou différé (qui concerne un acte futur).

Le consentement doit donc être éclairé. Cela signifie que la personne comprend l’acte (notamment médical), les conséquences de cet acte, les alternatives possibles, les avantages et les inconvénients de chaque solution proposée. Il est libre. C’est à dire qu’il y a une absence de contraintes, qu’il y a un accord explicite de la personne sans contrainte et sans influence. Qu’il est laissé à la personne le pouvoir d’agir autrement et qu’il y a a spontanéïté (cause intuitive de l’acte – pas compris !).

Le troisième principe est l’égale considération de chacun et concerne l’aide à apporter à autrui. C’est donc l’obligation du devoir d’assistance et de bienfaisance. Je dois aider autrui s’il me demande de l’aide, ou s’il est mineur?, et si sa demande est légitime. Quelle position alors prendre quand je suis témoin d’un suicide, indépendamment de l’obligation légale d’aide à personne en danger ?

Le minimalisme n’est envisageable que si la personne est autonome. Ce qui suppose de poser la question de l’autonomie. Est autonome la personne ou la société qui se régit par ses propres lois. C’est à l’origine un concept politique grec qui signifie l’autodétermination d’un Etat. Aristote, les stoïciens, Rousseau et Kant vont intérioriser et individualiser la notion. Autonomie signifie « auto = soi-même » et « nomie = loi ». L’autonomie, c’est donc obéir à des lois qu’on s’est fixées. « L’individu autonome agit librement en accord avec un projet qu’il a lui-même choisi, comme le fait un gouvernement indépendant qui administre ses territoires et met en place ses politiques » (PBE)

On énonce 4 limites au minimalisme, notamment dans le cadre éducatif. En premier lieu, n’est libre et autonome que la personne majeure et non protégée ou à protéger. Quelles sont alors les limites de l’autonomie ? Ce qui pose aussi la question de à partir de quand est-on majeur et autonome ? L’autonomie demande un minimum de rationalité et d’objectivité. C’est une limite légale mais ce n’est pas suffisant pour définir cet objectif. L’autonomie serait alors l’horizon de la relation éducative. GD fait un parallèle avec l’idée de soin. L’autonomie serait aussi l’horizon du soin.

La deuxième limite pose la question des devoirs envers soi-même. Il y a des conduites qui sont condamnables, même quand autrui n’est pas concerné ? A l’école, peut-on tout accepter ? Les conduites déviantes ? Les conduites addictives ? Les conduites à risque ? Les conduites ne répondant pas à la morale sociale ? Et qu’est-ce que la morale sociale ? Le cas « des filles en jupes qui ne se respectent pas ». Outre ces conduites, il y aussi des valeurs sociales positives à privilégier : comment apprendre sans faire d’efforts ? Comment se projeter vers l’avenir en confiance ? Comment avoir de l’empathie envers autrui si on ne fait pas d’effort ? Quid de l’engagement dans ses apprentissages, au delà du discours sur la motivation.

L’idée qu’un acte solitaire puisse ne causer de tort qu’à soi n’est-il pas une vue de l’esprit. La société n’est pas une collection d’individus mais des personnes en interrelation plus ou moins intenses. Sans compter l’axiome selon lequel on a besoin des autres pour apprendre. Cf. Les âges de l’enfant. Mais même en société, on a besoin des autres. Cf. Les théories de la reconnaissance (Hégel – Axel Honneth). J’ai besoin des autres pour devenir autonome.

Enfin dans le domaine scolaire, l’école doit-elle être neutre moralement et peut-elle l’être ? Le maître est porteur de valeurs. GD termine par cette question : faut-il exclure toute instruction morale à  l’école ou en construire une de manière consciente et collective ?

L’approche principiste

Quatre principes sont énoncés ; l’autonomie de la personne, la bienfaisance, la non-malfaisance et la justice (principe de non discrimination, répartition juste et équitable des soins…) Aucun des 4 principes n’est premier.Il faut accepter de traiter au cas par cas, selon les situations. Selon Beauchamp et childress il y a donc « obligation morale de respecter l’autonomie de la personne », obligation de « ne pas lui faire de tort », « agir de manière à lui procurer des bénéfices » et enfin « être équitable vis à vis de la personne, vis à vis des autres malades et vis à vis de la société tout entière ». Il s’agit alors de faire des arbitrages entre ces 4 principes afin de proposer une solution équilibrée.

La bienfaisance, c’est agir pour le bien de la personne afin de lui procurer un bénéfice positif (balance bénéfices/risques). La non-malsaisance fait appel à l’intention du soignant (de l’enseignant). L’autonomie a des obligations négatives et positives. Il s’agit de respecter la volonté du patient et la liberté de la personne, mais quid d’un mineur ? Enfin dans les obligations positives, il y a obligation de promouvoir / restaurer l’autonomie. C’est en ce sens que l’autonomie est aussi un processus en construction entre un aidant et un aidé. Enfin le principe de justice s’inscrit dans un contexte de rareté ou tout le monde doit pouvoir être soigné/éduqué et de manière équitable selon les besoins, les bénéfices attendus et les risques encourus.

 

Qu’est-ce que l’éthique ?

Cette question provient du cours de Guillaume Durant dont un premier article tourne autour de l’éthique et l’éducation morale et civique.

Dans une première acceptation, on peut rapprocher l’éthique des us et coutumes d’une société donnée à une époque donnée. L’éthique est donc contextuelle et en situation. Dans une deuxième voie, c’est aussi la partie de la philosophie qui interroge les moeurs et les conduites humaines et qui renvoie à l’idée de bien. Qu’est-ce qui est bien et qu’est-ce qui est mal ?

Dans cette partie de la philosophie, on découvre l’éthique normative ou prescriptive qui se traduit par les tu dois / tu ne dois pas. La métaéthique vise à décrire l’éthique et à interroger le sens des concepts principaux en éthique. ENfin l’éthique appliquée vise à envisager l’éthique en situation, souvent par le biais d’exercices de pensées, c’est à dire des expériences « en laboratoire ».

La distinction entre éthique et morale et plus d’ordre pratique que véritablement scientifique. Serait de l’ordre de la morale l’éthique normative et de l’ordre de l’éthique la métaéthique.

Découle de cette distinction trois pôles d’enseignement à l’éthique : l’apprentissage des normes et des règles, mais aussi lois, comportements attendus en situation…(éthique normative), la construction d’un jugement critique (métaéthique) et un apprentissage de la sensibilité et de l’engagement (éthique appliquée).

L’éducation morale et civique entre esprit critique et sociabilisation

Dans les cahiers du cerfee, n°46, il y a un dossier sur l’éducation morale et civique. Plusieurs articles intéressants à consulter. Roger Monjo propose une réflexion sur Deux questions à propos de l’implication mutuelle de l’esprit critique et de la laïcité dans l’appréhension républicaine de l’éducation morale et civique.

Résumé de l’éditeur

Les deux concepts de laïcité et d’esprit critique sont traditionnellement associés dans l’appréhension républicaine des missions de l’école : la culture de l’esprit critique n’est possible que dans le cadre d’une institution scolaire soumise au principe de laïcité et, réciproquement, le développement de cet esprit critique permet de renforcer et de conforter la légitimité de ce principe. Dans cet article, nous envisageons d’interroger les présupposés de cette implication mutuelle : en quel sens une démarche critique n’est-elle concevable que dans un contexte laïque ? Pourquoi la laïcité apparaît-elle comme l’effet nécessaire du développement de l’esprit critique ? Parmi ces présupposés, un sort particulier sera réservé aux oppositions classiques entre croyance et savoir, foi et rationalité, religion et science.

Sommaire

Prise de notes

Les nouveaux programmes en EMC lient le principe de laïcité à celui d’esprit critique. La morale laïque vise à la fois des connaissances sur les valeurs républicaines et le développement d’un esprit critique. Moins qu’une inculcation, il s’agit de favoriser chez les élèves une réflexion critique sur les croyances. Il s’agit de dispenser un enseignement visant à la formation du jugement moral, à l’initiation à la réflexion éthique, et non à la transmission d’une morale particulière.

L’auteur revient ensuite sur la conception originelle de l’éducation morale chez Jules Ferry. Il s’agit moins chez lui de mettre en concurrence des valeurs républicaines avec des valeurs religieuses que de proposer une morale universaliste détachée de toute religion. Ce qui différencie le retour de cet enseignement avec le projet fondateur tient dans la pédagogie (active aujourd’hui).

A ne voir qu’un caractère rétrograde à ce retour, on risque de faire l’impasse sur le caractère problématique de cette « évidence » spécifiquement républicaine selon laquelle une pensée véritablement critique ne peut s’exercer que dans un espace intellectuel préalablement laïcisé, c’est-à-dire un espace duquel les convictions privées, les « croyances », ont été préalablement exclues, en n’autorisant que l’utilisation d’arguments susceptibles d’être soumis à une critique rationnelle. Il s’agit donc de voir l’espace publique comme le lieu laïcisé du savoir et de l’esprit critique contre le domaine privé, lieu des croyances. La croyance relève de la sphère privée, une sphère étroite, aliénante car productrice d’effets de séparation, alors que le savoir participe de la sphère publique, une sphère ouverte, libératrice et rassembleuse, car elle n’en appelle qu’à la raison.

Mais outre l’objectif politique d’émancipation et d’encouragement à penser par soi même, les nouveaux programmes ont une visée socialisatrice de vivre ensemble, de vie en communauté de citoyens et de partage d’une culture commune au delà des cultures particulières. Cet implicite des objectifs s’inscrit dans le contexte politique et sociale actuel. La question pédagogique, et le passage par les pédagogies actives, par rapport au projet fondateur, est aussi nécessité actuelle, alors que l’école n’a plus la puissance normative et est en concurrence avec d’autres valeurs (à visée publique – avis perso), que la société n’est plus homogène et que le projet politique ne fonde plus le développement de l’individu mais est à construire ici et maintenant.

il convient dès lors de distinguer les deux volets de la culture éthique à l’école : le développement de l’aptitude à l’autonomie morale (l’aptitude « à choisir de manière raisonnée une option d’ordre éthique ») et l’approfondissement des « valeurs communes » (les droits de l’homme, la citoyenneté, etc.).

Une fois posée la problématique, l’auteur en vient à introduire les deux théories de l’éthique de la discussion de Habermas comme nécessité pour distinguer ce qui se joue dans l’éducation morale en lien avec la sociabilisation.

Dans une première approche (1992), Habermas vise une égalité démocratique entre les discutants (égalité de parole, égalité d’écoute, égalité de prise en compte des arguments de chacun). Ce qui importe donc est à la fois la recherche du consensus et le développement de la communauté et des liens dans la communauté par la participation a participation active de chacun. Ce qui fonde le consensus, c’est la recherche du meilleur argument et cette recherche est rendu possible par la rationalité de chacun (usage par chacun de son esprit critique). Ogien critique la naïveté de cette approche mais admet que c’est une méthode, qui correctement appliquée, devraient en théorie déboucher sur un concensus sur les valeurs supérieures de la république.

Habermas nuance son propos dans une deuxième approche de l’éthique de la discussion. Ce qui devient important n’est plus la recherche utopique d’un consensus que la discussion elle-même, productive de connaissance et d’interactions et barrière à l’expression de la violence. La discussion est inclusive en ce sens qu’elle permet l’expression et l’écoute de tous les arguments alors que le conflit vise à exclure une proposition. L’éthique se retrouve dans l’horizon d’attente de la discussion qui est toujours un processus de civilisation. (La véritable normativité de la situation de discussion, qui rend possible l’élaboration d’une éthique, ne réside pas dans sa visée consensuelle mais dans ces conditions de possibilité, qui permettent de la distinguer de toute autre forme d’échange discursif (échange d’opinions, affrontement rhétorique, etc.) et qui permettent aussi de lui reconnaître une portée civilisatrice). Inclure, c’est ne pas se passer des connaissances de chacun.

Plus la discussion intègre de participants, plus elle tend vers le dissensus, ce qui est à l’opposé du consensus. L’éthique réside alors dans l’écoute de l’autre comme interlocuteur valable producteurs d’arguments qui méritent d’être écoutés car potentiellement pouvant apporter du bien dans la société (avis personnel). De fait il y a apprentissage, ne serais ce que de la valeur supérieure de la discussion sur tout autres formes pédagogiques. En conclusion avec l’auteur si l’éducation, comme entreprise collective, a bien vocation à produire du lien social, elle n’a pas pour autant vocation à produire du consensus. Le conflit se sublime alors dans la discussion.

L’auteur cite alors un ouvrage de Lorenzini dans lequel il émet une typologie des formes de dialogues. Habot privilégie le modèle du dialogue socratique « exercice spirituel pratiqué en commun » dans lequel chacun est attentif à l’autre comme à soi-même. Ce qui est au coeur de l’approche, c’est la recherche en commun. On peut alors le rapprocher de Lipmann et de sa notion de communauté de recherche philosophique. Ce qui importe c’est le processus de recherche et non le produit. Pour Cavell, il s’agit de considérer la conversation comme mode de vie en commun. L’enjeu est ici la reconnaissance réciproque des interlocuteurs.

L’éducation morale sur son aspect socialisation, via le recours à l’éthique de la discussion débouche donc sur la mise en avant du processus sur la forme produite, et sur l’aspect d’une conversation ininterrompue en communauté. Reste cependant à critiquer la question de l’émancipation. S’agit-il de parler d’esprit critique ou de pensée critique ?

Habermas distingue sphère publique et sphère privée. La première est le lieu du débat alors que la seconde est celle des croyances. Cependant il remet en cause cette opposition radicale. POur accéder à l’espace public, il convient de remettre en cause toute croyance et à fonder ses opinions sur un mode réflexif (« je » examine ses opinions) et rationnel (par le prisme de la raison). L’esprit critique est alors cette capacité à s’examiner et à critiquer ses propres opinions. Le paradigme est celui du doute méthodique cartésien. La vérité qui est visé dans l’espace public est celle de la science et non celle de la foi. Le régime de vérité est celui de la science. La foi dans le savoir a remplacé la foi en Dieu, mais elle continue de remplir la même fonction pratique et existentielle en étant au principe d’une « éthique de soi » qui permet de s’orienter dans le monde et dans la vie.

Foucault revient sur l’esprit critique comme gouvernementabilité de soi. Former à l’exercice de l’esprit critique, c’est donc chercher à « conduire une conduite », c’est-à-dire « gouverner », toujours dans le vocabulaire de Foucault. Ce projet de formation de l’esprit critique, qui est à a croisée entre sphère publique et sphère privé, entre aussi dans ce processus de gouvernementabilité de soi. La rationnalité de la discussion scientifique, au coeur de l’espace public s’oppose à l’irrationalité de l’espace privé, lieu de toutes les influences. C’est une représentation largement artificielle.

La frontière entre les deux sphères est poreuses. La sphère publique est plus une scène (au sens de gofman) sur laquelle évolue des identités rationnelles alors que le lieu des échanges et de la conversation est à rechercher dans la sphère privé. En empruntant son vocabulaire à Paul Ricoeur, on peut alors soutenir qu’à l’ipséité de l’une, cette ipséité qui seule rend possible une véritable rencontre et un véritable échange, s’oppose la mêmeté de l’autre, cette mêmeté qui induit l’identification et le conformisme. L’espace public devient de ce fait un espace neutralisé où les conduites empruntent les formes attendues. Le partage entre privé et public est donc largement une fiction qui oppose de façon artificielle ce qui, dans l’espace social est largement imbriqué. Cette distinction visent donc à neutraliser l’espace social dans son ensemble. C’est un moyen de contrôler la violence.

Il conviendrait donc aussi de substituer au projet de formation à l’esprit critique entendu comme ce travail sur soi qui est en réalité au service du processus de la gouvernementalisation à l’œuvre dans nos sociétés, le projet d’une initiation à la pensée critique entendue comme critique de la réalité sociale, en particulier du point de vue de ces dispositifs de gouvernement qui l’organisent. Il s’agirait alors plus de penser une pédagogie de l’autonomie, qu’une pédagogie de l’esprit critique permettant à tout un chacun de naviguer dans l’espace social sans distinction tranchée entre privé et public (interprétation). L’auteur conclue par le besoin d’en passer par les théorie du care, débarassées des scories psychologisantes.

 

 

 

 

 

 

 

 

Entretien avec Cynthia Fleury

Philosophe et psychanalyste, Cynthia Fleury fait état dans cette interview de la façon dont la technologie pourrait transformer entièrement l’hôpital. Avec pour objectif d’améliorer la prise en charge des patients.

La technologie, qui suppose une appropriation, devrait être l’opportunité pour transformer totalement l’hôpital afin que le soin puisse y « faire surgir du sujet » plutôt que d’aggraver les mécanismes de « chosification » des patients. C’est à dire permettre aux patient de prendre en main leur parcours de santé.

Cet entretien est paru sur Usbeck & Rica et revient sur l’importance de la technologie pour repenser ce qui est proprement humain dans la relation au patient.

Introduire la technologie dans la relation au patient demande une appropriation de la technologie par les différents acteurs de la relation de santé et suppose des résistance dont il faut tenir compte. Elle suppose donc de revoir de fond en comble l’organisation même de la santé dans le sens où chaque innovation dans une structure demande de redéfinir la structure, alors même que l’organisation hôpital ne fonctionne pas forcément très bien, en l’état.

Dans ce cadre l’introduction de la technologie demande à revoir ce qui est le propre du travail du praticien aujourd’hui. En quoi son métier, sa pratique doit redécouvrir ce qui est proprement humain. C’est donc la question du sens qui est au cœur de cette question.

vous devez identifier ce qui fait la spécificité de l’acte humain, que la machine ne peut remplacer, ou tout simplement inventer une nouvelle façon de faire soin, afin de la valoriser et de la développer. 

Les technologies ne sont ni bonnes ni mauvaises (pharmakon classique qui n’est pas le propos de CF). Elle peuvent permettre d’humaniser la relation au patient comme par exemple la toilette intime des patients en perte d’autonomie et peuvent aussi faire des tâches longues et répétitives sans humeur, ce qui permet au patient de mieux prendre en main son parcours de santé, car la relation à la machine lui permet d’être mieux reconnu comme humain.

Le soin doit lui permettre de renforcer aussi sa capacité à travailler à sa santé. Le patient est alors un sujet et non plus un objet. La machine doit donc renforcer la motivation au soin comme dans la volonté de garder un état d’autonomie le moins dégradé possible.

Une autre fonction de la machine est d’ordre transférentiel. La machine permet d’expression d’émotions et de la réassurance affective. Le fait qu’elle soit tout le temps allumé pose aussi la question des données personnelles. Le risque de marchandisation réel est à contrebalancer par le recours à une réflexion éthique et esthétique.

L’introduction des technologies vise donc à réfléchir sur ce qui fait le caractère irremplaçable de l’humain. Et pour cela la seule solution est l’engagement dans la cité : cette chose qu’il faut faire, je ne peux en déléguer l’exécution à autrui, c’est à moi de la faire (Jankélévitch). Et cet engagement est toujours renouvelé avec chaque changement. C’est de l’ordre de la responsabilité humaine.

L’être humain, responsable de tout, doit avoir le soucis de soi et le soucis des autres dans l’écosystème dans lequel il évolue. Il ne peut y avoir de responsabilité et d’engagement sans réflexion et action vis-à-vis de nos organisations, donc de nos écosystèmes ni vis à vis des technologies que nous utilisons, qui deviennent des acteurs de cet écosystème, et qui donc le change. La technologie porte donc toujours la nécessité de reconstruire, de réinventer un écosystème. Il me semble impensable d’imposer une nouvelle technologie sans réflexion organisationnelle, prenant acte, et de notre irremplaçabilité, et de notre vulnérabilité.

A la suite, le journaliste revient sur la question du big data et son impacte sur la génomique et la médecine prédictive. CF précise alors qu’il ne faut pas confondre médecine de précision et médecine personnalisée. La machine sera plus précise, mais permettra-t-elle pour autant de personnaliser les soins ? Dans le domaine algorithmique, la précision relève alors plutôt des probabilités [en fait tout processus de personnalisation, y compris avec les moteurs de recherche, est d’abord un calcul mathématique qui ne part jamais de la personne – la machine n’a accès qu’aux traces de l’activité et n’a pas accès aux intentions, elle ne peut que les corréler].

La génomique ne produit que des possibles statistiques et des corrélations. Elle ne produit pas de l’avenir car elle ne peut pas prendre en compte les interactions à venir. Le praticien se trouve cependant face un choix donner l’information sur l’ADN à son patient et ainsi le changer selon le principe que l’information change le système et en l’occurrence chez le patient, peut changer son humeur (s’il apprend qu’il est un potentiel porteur d’un gène déclencheur d’un cancer) et induire des interprétations fausses. Cependant ne rien lui dire est un manque de déontologie car lui et sa parentèle a le devoir de connaître l’existence de ce gène. Il n’y a donc pas de prédiction puisqu’il y a changement de l’état initial mais un sentiment de prédiction.

Ce qui est au coeur du geste du patricien est donc d’abord une question d’accompagnement et de construction de la confiance, donc de connaissance de l’autre dans la relation : Cela signifie qu’en amont, au moment de la formation, puis de façon réitérée lors de la formation continue, il convient d’insister sur l’importance déterminante du geste clinique, sur l’indispensable prise en compte de l’intersubjectivité du patient comme des soignants, donc sur la compréhension et l’accompagnement de l’humain.

Avec le développement de la connaissance des publics sur leurs maladies, notamment avec le travail de médiatisation de la connaissance et d’interaction portées par les associations de malades doit permettre de développer une éducation de la thérapeutique portée par les praticiens en co-construction avec leurs patients et les associations.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Michel Piquemal. Le conteur philosophe.

C’est l’un des textes « philosophiques » de Michel Piquemal. On suit l’enseignement de Sophios, un mélange de Socrate et de Sofia (la sagesse) un conteur philosophe qui a son école dans la Grèce antique.   Le narrateur un jeune grec en quête de sens découvre Sofios et suivre son enseignement.

Au gré des historiettes, fables, questions existentielles et contes qui s’enchaînent dans la logique d’un enseignement oral, on découvre la philosophie de Sofios, c’est à dire la vie raisonnable qu’il promeut.

  • p12. Maître on dit souvent qu’on est à soi-même son propre ennemi, pouvez-vous nous en donner une illustration ? Où il ne faut pas agir sous le coup de la colère.
  • p14. Maître peut-on échapper à notre destinée ? On ne peut pas échapper à notre nature de poisson ou d’hirondelle mais on peut s’imaginer le faire.
  • p16. Maître quel est le secret d’une bonne santé ? La mettre au premier rang de nos préoccupations pourrait répondre le paysans devenu vieux et fatigué.
  • p18. Maître, est-ce que l’utilité d’une personne se déduit de son apparence ? Sofios répond par la fable  des conseillers de l’empereur dont un ne faisait rien de sa journée jusqu’à ce qu’un jour un problème insoluble se présentent et qu’il en donne la solution avant de se rendormir.
  • p22. Une fable sur la différence : les tulipes rejetées par les autres plantes car d’origine turques aux Pays-Bas.
  • p24. Maître comment  des parents pourraient-ils éduquer parfaitement leurs enfants ? « rien n’est parfait sauf la mort ! »
  • p26. Maître est-il possible de savoir tout sur tout ? Le diable donne à un roi bon le pouvoir de tout savoir sur tout le monde – journée épouvantable.
  • p29. Maître, qu’est-ce qu’un bon maître ? Un bon maître serait quelqu’un qui prendrait soin de tous ses élèves.
  • p30. Le battement d’aile en Chine… à propos d’une abeille sauvée par un brigand
  • p33. Maître ne serez-vous jamais vieux et fatigué ? La vieillesse du tigre a commencé le jour où il s’est posé la question
  • p34. Il faut prendre son temps. Où comment un peintre mis très longtemps avant de peindre en une journée un tableau magnifique. Sur le temps de préparation nécessaire à faire une œuvre.
  • p36. Une version alternative de la fable de la cigale et de la fourmi où la fourmi aide la cigale car celle-ci l’a encouragé par ses chants.
  • p38. Maître, que risque-t-on à fréquenter les méchants ? Le risque est que celui qui leur fait confiance endosse la responsabilité de leurs méfaits.
  • p40. Maître, pourquoi Dieu permet-il  la souffrance ? Il suffit de ne pas y croire !
  • p41. Quelle est la nature de Dieu ? Un triangle devenu intelligent cherche du sens à son existence.
  • p42. A quoi bon se soucier des autres ? Les chiens qui se déresponsabilisent face aux loups qui veulent que cela fonctionnent comme ils veulent. A relier à la lettre du pasteur  Martin Niemöller « quand ils sont venus me chercher… »
  • p44. N’y a-t-il rien qui puisse surpasser l’amour ? Contre le cocouning de la mère et le besoin de l’enfant de faire des expériences.
  • p46. La fable sur la richesse sur le don qui enrichit par lui-même sans escompter un retour quel qu’il soit.
  • p48. Maître qu’est-ce qu’un don véritable ? Le roi qui voulait marier sa fille contre son gré et ce que fit sa fille pour épouser le cordonnier en demandant à ce qu’il lui fasse un cadeau (de ses mains).
  • p50. Maître, doit-on toujours respecter les usages et les tabous de notre société ? Comment une tradition se met en place, comment on en oublie l’origine et comment un jour, passer outre le tabou va changer les choses.
  • p52. et qui se poursuit par les différences interculturelles
  • p53. L’histoire du roi gourmet insatisfait et toujours à la recherche de nouvelles sensations et du repas servis dans a montagne après des efforts fournis pour y arriver.
  • p56. Le meilleur des repas quand on a pas faim.
  • p57. L’habitude des mets crée la banalité
  • p59. Ne pas juger sur les apparences à partir de la rencontre de l’apiculteur
  • p61. L’araignée est la maitresse de son monde jusqu’à ce que l’enfant détruise la toile
  • p62. Le souvenir ne doit pas empêcher d’avancer. Pour parler du retour des romans mémoriels
  • p64. Faire un excès de temps à autre permet de repartir du bon pied
  • p66. C’est quoi le bonheur ? On ne comprends le bonheur que quand il disparait
  • p68. A propos d’une partie de carte, le sort nous distribue des cartes et on fait au mieux avec.
  • p70.

La pratique

Pascal Plantard et Mickaël Le Mentec INEDUC : focales sur les inégalités scolaires, de loisirs et de pratiques numériques chez les adolescents

Opposée à la théorie abstraite, la pratique qualifie l’activité humaine concrète. Indissociable l’une de l’autre, la théorie et la pratique fonde l’une des dialectiques fondamentales des sciences modernes. La pratique ne peut se définir qu’à partir de l’adjectif qui la qualifie. Ainsi, certains chercheurs définissent les notions de pratiques socialisées [Plantard, 2011], de pratiques culturelles [Coulangeon, 2005 ; Donnat, 2008] en tant que couple, c’est-à-dire sans dissociation des deux termes. La pratique témoigne de l’activité concrète de l’individu qui lui permet d’atteindre un objectif.

Elle renvoie à la notion de praxis, d’origine grecque, qui qualifie une pratique humaine structurée par une idée et qui tend vers un résultat concret.

La pratique n’est jamais neutre, elle révèle autant de soi que du monde. Pour l’observer, il est nécessaire de la resituer dans son contexte géographique, social ou encore politique. Pour les pratiques numériques, on observe un processus de socialisation qui s’installe au moment où les individus s’approprient les technologies pour développer des usages [Breton, Proulx, 2002] qui, de par leur massification dans le corps social, constituent de nouvelles normes [Plantard, 2011].

La dissonance cognitive selon Festinger

Mickaël Shermer. Pourquoi les faits ne suffisent pas à convaincre les gens qu’ils ont tort.

Dans un ouvrage classique publié en 1956 intitulé Quand la prophétie échoue, le psychologue Leon Festinger et ses co-auteurs ont décrit ce qui est arrivé à une secte vouant un culte aux ovnis après que le vaisseau-mère extraterrestre attendu n’est pas arrivé à l’heure annoncée. Au lieu d’admettre leur erreur, « les membres du groupe ont cherché frénétiquement à convaincre le monde de leurs croyances », et ils ont fait « une série de tentatives désespérées pour effacer cette dissonance entre leur croyance et la réalité en faisant de nouvelles prédictions après la prophétie initiale, dans l’espoir que l’une finirait par être la bonne ». Festinger a qualifié cet état de dissonance cognitive, une tension inconfortable qui survient lorsque l’on considère deux idées contradictoires simultanément.