la professionnalisation

En cette matinée de découverte autour de l’humour, cette vidéo. Au delà de l’aspect décalé, il est intéressant d’écouter les raisons profondes de l’arrêt, la difficulté à se renouveler, la difficulté à sortir de la forme autrement qu’en dézinguant tout, la dictature de l’immédiateté qui empêche la réflexion, nécessairement sur le temps long, la difficulté aussi à sortir de l’identité patiemment construite mais avec le sentiment de nécessité de devoir le faire…

Évolution du web humoristique

Dans cet article, l’auteur, Monique Dagnaud, pose la question de l’évolution actuelle du web humoristique et de la perte d’insouciance qu’elle constate. Cet auteur est l’auteur d’un livre intéressant Génération Y, les jeunes et les réseaux sociaux : de la dérision à la subversion dans lequel elle a réfléchit surles mécanismes d’appropriation des outils et de la culture numérique par les jeunes afin de mettre en lumière un monde social en perpétuel mouvement et structuré par Internet. Dans ce livre, elle parle alors de génération « je m’exprime par l’image » et de « génération Lol »[voir aussi la vidéo qui conclue cet article]. L’identité et la réputation sont au coeur de cette génération, entre identification, subversion (lutz) et dérision (lol). Ce faisant cette génération crée de « nouvelles formes d’expression et de communications [qui] contribuent à façonner un individu « à la fois extro-déterminé et réflexif » qui se meut au milieu de multiples réseaux en tentant de mettre en avant sa singularité ».

Dans l’article en lecture, MD pose la question de savoir si internet est encore le média de la légèreté ?

Dans sa logique de nouvel espace publique avec des règles bien à lui, elle décrit alors le web humoristique comme un révélateur de l’opinion. Dans la suite elle détaille les singularités de l’humour sur le web : importance des pratiques amateures et de l’espace web comme bac à sable des vannes, recours aux techniques du hacking (manipulation et détournement notamment d’image – recours à la décontextualisation) et du mashing up [ajout de l’auteur de l’article] par réemplois de contenus anciens d’origine, de formats, de degrés et de natures diverses. Ici, tout est simulacre, le réel s’évapore au profit d’une construction « pas sérieuse du réel ».

Les pratiques numériques des jeunes basées sur l’interaction intensive et sur le partage ont galvanisé le rôle social et existentiel de l’humour. Ces phénomènes sont amplifiés par de nouvelles formes de communication : selfies, webséries, mêmes, tags, chaines de youtubers… avec comme contenu principal l’art de se moquer de tout, de tout le monde et surtout de soi [mais la bien-pensance agit ici aussi avec les phénomènes de flamme qu’amplifient les réseaux sociaux]. Nous sommes donc à la fois dans le phénomène de bouc-émissaire et dans une forme d’expression qui sert de défouloir contre la morosité de l’époque avec la recherche systématique de l’affect provoquant la catharsis.

Elle [expression] emploie certains artifices : le délire moqueur ; le fun, la bêtise ou la régression revendiquées ; le tout et n’importe quoi (l’image absurde, l’ellipse, l’aspect énigmatique ou l’insignifiance comme le sont la plupart des mèmes, le bon mot, la formule qui « tue », le lynchage verbal) qui fait rire, aux dépens de soi ou des autres ; la grossièreté, la scatologie. Elle est fondamentalement « non prise de tête », désinvolture et outrance.

Elle prend alors la forme d’une contestation des anonymes contre l’expertise des corps constitués (école – experts à la télé…).

Après avoir caractérisé la communication des jeunes sur Internet et la place et le rôle de l’humour, daté des années 2012-2013, MD constate par la suite une érosion de l’humour sur le web, notamment par la récupération capitaliste et la professionnalisation de certains acteurs et aussi par un appauvrissement de cette contestation qui tombe, pour elle, dans le ricanement et la grossièreté.  Cette évolution marque un certain épuisement de la culture amateur, et les limites d’un média qui colle aux états d’âme de la société civile et peine à en décoller.

L’humour sur internet, avec la professionnalisation des acteurs amateurs voit aussi le retour des professionnels portés par les anciens médias et qui voient là la possibilité d’élargir leur audience et d’augmenter leur communauté.

De quoi rit-on aujourd’hui ?

Coluche a réinventé l’art de la scène comique en important le stand up américain, le tutoiement, le sens du rythme et l’énergie. Qu’en est-il aujourd’hui du comique ? Le stand up a est devenu mainstream notamment via le comedy club de jamel debouze. Le stand up voit un humoriste exposer sa propre vision du monde dans un lieu chaleureux où l’humour se veut collégial. C’est aussi un art de rire « entre soi »? Le rire se fait dans sa propre communauté. Il est clivant car il est aussi identitaire. Celui qui expose sa vision de la société expose avant tout un point de vue communautaire. Il parle de quelque part.

Les humoristes, par rapport à leurs devanciers, n’ont pas une vision universelle. Il ne s’appuie pas sur une culture commune vaste mais sur un microcosme avec qui ils s’amusent. La barrière entre le public et le comique n’existe plus. Ce dernier n’hésitant pas à discuter avec la salle qui peut lui répondre directement. Il y a une familiarité qui fait que chaque spectateur/comique se sent de la famille de l’autre. Une autre coupure implicite tombe également : la frontière entre réalité et fiction. Le comique s’appuie sur son histoire personnelle mais il la transforme. Il y a comme une sorte de didactisation de son histoire personnelle.

Fictionnisation de l’intime, recours à la personnalisation s’explique aussi par une communauté de comiques beaucoup plus denses, et donc en concurrence,  qu’avant, qui doit donc fournir un point de vue clivant et attrayant afin de créer son audience. Le besoin de toujours avoir recours à du nouveau pour occuper le terrain, donc à employer les techniques du marketing, explique aussi les problèmes récents autour du plagiat entre artistes européens et américains. Cela s’explique aisément puisqu’il s’agit de faire migrer d’une communauté nationale à une autre des histoires à adapter et qui ont un potentiel.

Les nouvelles contraintes de la production, et de l’immédiateté (émission de télévision, mais aussi publication sur internet) oblige à écrire vite et à chercher à convaincre rapidement. Le gag doit marcher de suite sous peine de disparaître. On est donc plus dans le feuilletonnage. Il est intéressant de noter qu’une grande partie des auteurs BD/comics qui sont passé par la case Disney ont aussi cette approche. On peut aussi rapprocher cela des qualité de page turner d’un écrivain ou de la mise en séquence des séries ou chaque dernier épisode est d’abord une accroche pour la saison suivante. Il faut écrire vite et attirer l’attention. « Dès la première phrase, l’humoriste doit installer son univers » et il le fait sans filet, dès sa première apparition. Il y a donc à la fois un sentiment d’urgence et aussi le le sentiment de ne pas avoir de seconde chance possible.

Une autre caractéristiques est la recherche de la petite phrase, du bon mot mais déconnecté de toute problématique morale. La bien pensance devient la marque de cet humour, qui pour durer doit faire en sorte de ne pas heurter. Les comiques travaillent pour leur communauté en ayant la volonté de ne pas attirer l’attention sur eux par des écarts heurtant la bien pensance des autres groupes sociaux. On ne cherche plus qu’à faire rire et surtout à ne pas faire penser, car cela devient alors conflictuel et engage l’avenir de l’artiste.

«Une blague polémique et vous êtes immédiatement attaqués via les réseaux sociaux. On est beaucoup dans l’anticipation. On a perdu en spontanéité, même à la télévision on ne peut plus dire ce que l’on veut. Un Desproges et un Coluche n’existeraient plus aujourd’hui.» dit l’humoriste Mawel Madani. AUjourd’ui faire de l ‘humour consiste aussi à prévoir les conséquences et à cadrer son intervention.

 

 

Pourquoi joue-t-on ?

Quelques arguments pour répondre à cette question du jeu :

  • On joue par plaisir, par volonté de jouissance
  • On joue pour s’entraîner. Le jeu est le moyen des enfants/petits (sens animal) pour prendre en main leur environnement, que ce soit la bagarre, la chasse, la course d’une proie, ou le meurtre…
  • On joue pour blaguer et derrière ce concept de blague, il y a le rire mauvais et destructeur de l’autre
  • La compréhension des règles (du jeu mais aussi des règles sociales) est mieux assimilable par le jeu que par la coercition. Le jeu crée un espace de simulation des situations sociales qui permet de comprendre les règles et les normes sociales. C’est un faire semblant !
  • Jouer permet d’entrer dans un cadre arbitraire, défini au préalable.
  • jouer permet aussi d’appréhender la vie « comme un jeu ». De quel jeu s’agit-il alors ? Jeu de hasard, jeu de rôle, jeu pour rire, pour tromper l’ennui (le divertissement pascalien)…
  • Jouer c’est oublier que nous sommes mortel (Heiddeger)