Habiter

Une partie de l’article (surligné) vient de la préparation de l’atelier « Dieu n’a pas d’adresse« 

Habiter une maison

C’est le lieu de la protection, de la sécurité. C’est l’un des besoins primitifs de l’homme avec manger et se reproduire. C’est aussi le refuge et le lieu de la tranquillité. C’est être à l’abri du regard de l’autre, de l’étranger (celui qui n’est pas la famille) Habiter, c’est vivre. C’est aussi le lieu où je construit mon identité (affiches sur les murs de la chambre). Habiter c’est faire sien, s’approprier un espace : c’est ma chambre. L’espace habité peut aller du plus petit (le lit) au plus grand (le territoire). Partir de chez ses parents, c’est habiter une autre maison. C’est la marque de l’autonomie.

C’est aussi l’endroit à partir de où je construit ma sociabilité et mon inscription dans l’espace social, culturel, économique… Ce n’est donc pas simplement une tanière qui me protège, mais aussi une projection vers l’autre.  C’est un préalable à l’homo faber.

Habiter, c’est donc être fixé sur un lieu stable « qui appartient à », quelque soit la structure juridique de cet « appartient à ». On peut alors distinguer la propriété du sol, de la propriété de l’habitat. Derrière la notion de propriété, on distingue en Droit, trois droits : usus ( le droit de l’utiliser (l’usage), fructus (le droit de recueillir les fruits du bien (le profit), abusus (le droit d’en disposer c’est-à-dire de le détruire en tout ou partie, de le modifier, ou de le céder à un autre.)

C’est le lieu de la famille. C’est dans la maison la différence entre ce que je fais avec et ce que je fais seul. Il y a aussi dans la maison ce que je fais à l’intérieur et ce que je fais à l’extérieur. La maison est aussi le lieu où l’individu et le groupe primitif interagissent (fais tes devoirs – range tes affaires).

La maison, l’habitat, la demeure est le lieu de l’intimité. C’est le lieu dans lequel je vis mon intimité : les pièces de l’intimité, du lieu d’aisance à la chambre, de la chambre au lieu d’accueil et à la cuisine. L’intimité est aussi ce que je partage avec la personne choisie (j’ai un secret). L’intimité, c’est ce qui sort de moi. C’est ce qui est en lien avec mon corps. Une maison, c’est des corps qui évolue les uns par rapport aux autres.

C’est aussi le lieu où je m’habille pour sortir. Je choisis les vêtements en accord avec ce que je veux montrer et en accord avec ce qui me fait plaisir ou ce qui me donne confiance. En sortant je me prépare à jour mon rôle social avec les autres, mon groupe social, la classe, mes copains, mes amis… La personne exclue de la vie sociale n’a plus de maison (sdf) a une maison « dégradée à ses yeux ». Habiter c’est projeter et affirmer sa manière d’être, son identité.

Habiter peut devenir le prolongement de soi, la représentation d’un imaginaire, l’affirmation d’une idéologie. Il témoigne d’un niveau de vie, et d’une appartenance à un milieu social.

C’est le lieu qui distingue l’intérieur de l’extérieur. Habiter c’est distinguer un espace, une frontière entre intérieur et extérieur, domaine, sphère, vie privé et publique. Comment passez-vous de l’intérieur vers l’extérieur ? Pour aller au collège par exemple ?

Une maison a une adresse. L’adresse c’est une coordonnée dans un espace. On a les coordonnées gps qui nous adresse sur la planète (grace au portable). Nous sommes donc des sujets adressés. L’adresse que nous connaissons : nom de famille, numéro, nom de rue, ville, pays. Cela pourrait aussi être une description pour aller quelque part. « POur aller à la maison, tu prends la deuxième rue à gauche ». C’est donc un chemin entre ici et là-bas.

Voir aussi ici

Espace

Une partie de l’article (surligné) vient de la préparation de l’atelier « Dieu n’a pas d’adresse« 

Un espace est délimité par une frontière. En mathématiques, c’est une surface déterminée et finie, c’est à dire qui a des frontières. En géométrie euclidienne, l’espace est la troisième dimension, celles qui combine les plans entre eux. Un plan est facilement compréhensible par la représentation de la feuille de papier sur laquelle je peux tracer un point (dimension 0), une droite qui nécessite obligatoirement deux points (dimension 1), et un plan qui nécessite obligatoirement deux droites (dimension (2). L’espace est la dimension 3 qui nécessite d’avoir deux plans sécants (un volume quelconque) et la 4e dimension est celle de l’espace-temps.

Il peut aussi être délimité par mon regard, l’extrême limite où mon regard porte. C’est la ligne d’horizon qui détermine l’espace dans lequel je vis et j’agis (Nietzsche). C’est donc quelque chose que l’on ne peut saisir (comme l’arc en ciel) mais que l’on veut atteindre. Un espace est donc aussi délimité par nos perception : espace sonore, visuel, sensoriel… Nous nommons alors les choses dans cet espace selon leur plus ou moins grande proximité à nous.

Un espace géographique est un est un espace social, produit des groupes humains qui l’organisent et le mettent en valeur pour répondre à des objectifs fondamentaux : appropriation, habitat, échanges et communication, exploitation. Dans un espace l’homme est toujours présent. Le CDI est un espace où des élèves ont des pratiques scolaires.

Un réseau créé aussi un espace, dans e sens où il est une réalité physique (réseau de téléphone] ou que l’on peut le représenter (logique du réseau social sociologique qui devient une réalité physique via internet et qui de se fait donne lieu à la création de nouvelles représentations). Internet, réseau physique et numérique et hypertexte et social est un espace dans lequel le sujet agit, crée ou recrée son identité et sa personnalité, en lien avec les interactions physiques.

Sujet

  • Le sujet est un individu (ce qui distingue un individu, d’un autre), une personne (qui a conscience de soi) qui produit des actes.  Il a la faculté de parler à la première personne. Un sujet est un « je » qui produit des actes, des pensées, qui a des perceptions qui lui sont propre. C’est là le domaine de la responsabilité. Un sujet a un point de vue unique (subjectivité) sur le monde qui l’entoure. Par exemple, Mircea Pavel  s’exonère de sa responsabilité en portant plainte contre Dieu, mais celui-ci ne peut aller en justice car il n’habite pas le pays comme une personne. Par contre Dieu, dans les livres saints, l’ancien testament notamment, peut aussi être un « je »]

Personne

  • Une personne vient de persona, en latin, le masque de l’acteur. C’est donc bien la couche identité (identification, identique à soi-même / à autrui à un moment donné – identité juridique – identité active – identité et rôles – mèmeté) et personnalité (caractères permanents de l’individualité, originalité et singularité – ipséité) dans le temps (ce que je suis aujourd’hui diffère de ce que je fus et de ce que je serais // ce que je suis est aussi une permanence de ce que je fus et de ce que je serais). La question qui se pose alors est : est-ce que je suis la même personne qu’il y a 10 ans, 30 ans, à ma naissance ?

La personne est unique. Je peux définir une personne juridiquement. C’est bien une personne que l’on vient chercher à l’adresse donnée.

Une personne est aussi quelqu’un qui a conscience de lui-même, et qui est vu comme tel. Il est identifié par son apparence, son comportement, son caractère, sa communication, ses connaissances et tout ce qui fait qu’il fait. Avoir conscience cela signifie qu’un individu a l’intuition de ses états mentaux, de son existence et du monde qui l’entoure. La conscience porte sur ce qui se passe dans l’esprit de la personne (raisonnements, connaissances, croyances, perceptions, rêves, identité…) et sur l’environnement extérieur (espace, personnes, relations…). La conscience est d’abord la conscience de soi. [pour l’instant, pas de travail autour de la conscience].

Une personne est dans le temps et dans l’espace. elle a des qualités, des valeurs qui se rattache à une société donnée. Elle a des qualités morales, des défauts, des droits et des devoirs.

Une personne a une personnalité juridique qui lui est donné à la naissance. Une personnalité juridique s’inscrit dans un système d’identité : identifiant inscrit dans le registre d’identité qui permet d’établir des documents d’identité attestant de droits et de devoirs garantit par une autorité.

 

<PRISE DE NOTES 20180429 >Francis Wolff, dans philosophie magasine 114, nov 2017, p.70 distingue, dans sa représentation ontologique du monde trois entités de base « qui constituent le monde. D’abord les choses : une chose n’est pas nécessairement un objet matériel ; c’est tout ce qui est permanent (un meuble ou un homme sont des choses). Il y a ensuite les évènements : un évènement c’est ce qui arrive aux choses, ce qui introduit du changement. il y a enfin les personnes : une personne est un être qui cause un évènement ; cet évènement devient un acte dans la mesure où il est imputable à un sujet ». Donc une personne est un acteur, comme le rappelle son origine de personna, c’est à dire un sujet qui agit sur le monde.</PRISE DE NOTES>

Être humain

Une partie de l’article (surligné) vient de la préparation de l’atelier « Dieu n’a pas d’adresse« 

  • un être humain peut être décrit comme un être vivant avec un corps indivisible (caractéristique de l’individu) composé de jambes, de bras, d’organe… Dans cette logique du vivant, c’est un animal vertébré, un mammifère, un animal grégaire. Dans cette logique du vivant, il est polarisé par les deux principes de souffrance et de plaisir, fuyant l’un et recherchant l’autre. Si on veut aller plus loin, on peut le comparer à un autre animal pour voir ce qui fait sa spécificité.

On peut donc dire qu’il est social, réflexif, ayant des sentiments, c’est à dire qu’il est capable de produire un discours sur les émotions qu’il sait reconnaitre et nommer. Il peut faire des expériences, c’est à dire qu’il a la faculté de produire un discours sur ce qu’il fait. Il est dit homo faber car il a la capacité à créer ses outils en observant les situations, en les analysant et en produisant l’idée de l’objet à créer.

Il est capable d’apprendre explicitement par mis en place d’un dispositif spécifique d’apprentissage et pas seulement par imitation et observation.   Il est producteur de culture.

Une des caractéristiques communes à ces différents processus et la capacité à manier les symboles par un langage complexe.

Ce qui va différencier un être humain d’un animal, ce n’est pas la réalité des émotions qu’il ressent mais le fait qu’il puisse les dire (langage) et en avoir conscience (conscience de soi et réflexivité – c’est le cogito ego sunt – et donc la subjectivation) et donc les transformer en sentiment : éprouver de la douleur (animal) et souffrir (homme qui perçoit en lui la douleur et qui sait en appréhender les signaux pour agir). Cependant la perception vécue de l’animal échappe à l’être humain.

Cependant, comme le rappelle l’article comment les animaux se transmettent les savoirs de sciences humaines, 298, décembre 2017, les animaux ont aussi des cultures (théorie qui n’est pas partagée par l’ensemble du monde scientifique). Les jeunes sont capables d’apprendre par observation et par imitation (simple copie sans compréhension d’un geste ou émulation visant à s’approprier le geste et à le transformer dans sa pratique), mais chez certaines espèces, ce qui ressemble à des apprentissages explicites apparaît comme le léopard ou le chat qui apporte une victime encore vivante et laisse le petit « jouer » avec, l’orque à qui la mère apprend à chasser le phoque par échouage, le chimpanzé qui se sert d’outils pour prendre la moelle ou le jeune suricate à qui on donne un scorpion pour apprendre à jouer avec.

En ce qui concerne les outils, il n’est pas le seul à en utiliser comme la mouette lâchant les coquillages de haut afin qu’il se fracasse sur le sol.

un être humain est donc un individu, en ce sens qu’il appartient à une espèce, une personne car il est unique et joue son rôle au mieux de l’environnement dans lequel il est et des situation dans lesquelles il interfère. C’est enfin un sujet car il a la conscience de soi.

Être vivant

Une partie de l’article (surligné) vient de la préparation de l’atelier « dieu n’a pas d’adresse« 

C’est quoi être vivant. Un corps vivant, c’est un corps qui n’est ni « mort » (corps qui a perdu la vie) ni « inerte » (corps qui n’a jamais possédé la vie). 

C’est croître et grandir jusque vers la mort. Nous ne pouvons avoir qu’une expérience de la vie et il nous est impossible d’avoir une expérience de la mort (épicure). La vie c’est des processus biologiques qui ont une généalogie, des premières bactéries, il y a trois milliards d’années aux nouveaux animaux de compagnie et à la sélection du vivant.

Un être vivant perçoit son environnement par les sens (humains et animaux) mais aussi par d’autres processus chimique ou électrique. Un être vivant vit en symbiose avec son environnement (les racines des arbres et les champignons par exemple ou les bactéries dans le corps des mammifères). Un être vivant ne fait pas que vivre, il existe car il est en relation avec son environnement. Un être vivant transforme les perceptions de son environnement en « émotion ». Il est organisé autour de deux principes de douleur et de plaisir.

On peut définir le vivant de différente manière. Conceptuellement, la définition privilégiée est celle du « chemoton » formalisé en 1971 par le biochimiste et biomathématicien hongrois Tibor Gánti : un métabolisme, un mode de reproduction et une membrane. D’autres sciences ont élaboré des définitions ou sont marqué par l’absence de définition comme en biologie.

L’élément de base du vivant est la cellule, apparue probablement il y a 3.5 milliards d’année. Les conditions d’apparition du vivant sur la terre sont liées à la présence d’eau et de carbone.

En effet, il n’existe pas une seule définition de la vie mais des dizaines, selon la discipline scientifique ou l’angle sous lequel on choisit d’aborder le sujet.
Cette multitude de définitions scientifiques recouvre bien souvent de grandes caractéristiques communes : l’élaboration par « soi-même » de structures macromoléculaires complexes telles que les protéines, l’aptitude à mobiliser l’énergie nécessaire à la synthèse et au maintien de cette organisation, la capacité à se reproduire ou se multiplier plus ou moins à l’identique, une sensibilité à la sélection de type darwinienne…

Auto-organisation, métabolisme, reproduction et évolution forment ainsi le socle sur lequel repose la plupart des définitions actuelles de la vie. Cette dernière peut également être définie du point de vue de ses constituants essentiels que sont les acides nucléiques (ARN et ADN), les protéines, les glucides et les lipides.

Chacune de ces entités a en effet la particularité d’être dédiée à une fonction identique chez tous les êtres vivants connus: supporter et transmettre l’information pour les acides nucléiques, assurer l’organisation structurale et les réactions de catalyse biochimique pour les protéines, les glucides et pour certains ARN, délimiter les compartiments pour les lipides.

Identité

Une partie de l’article (surligné) vient de la préparation de l’atelier « dieu n’a pas d’adresse« 

Pourquoi une adresse est-elle la base de la justice ?  Parce que le Droit est associé à un pays. Parce que si on veut trouver quelqu’un, on a besoin de son adresse. Donc il faut être une personne. L’adresse est inventée en France au 18e siècle pour que la police aille trouver celui qui n’a pas payé l’impôt. Ensuite pour pouvoir adresser les factures. Par exemple l’inscription à la médiathèque, il a fallu prouver votre adresse.

De quand date les noms de famille. Du Moyen-âge quand les villes se sont construites (12e/13e s.) et qu’il a commencé à y avoir beaucoup de monde avec un même prénom. Les noms sont créé sur des bases assez classiques, quelque soit les cultures : fils de… métier, provenance, surnom (positif ou négatif : hadj, petitjean)

Une adresse, c’est un nom, un lieu (n° + rue), une ville, un pays. C’est donc un point précis sur la planète qui met en relation un espace, un territoire avec une personne ou un objet. On part du micro vers le macro. Quelles autres adresses ? Le GPS, l’identification dans un réseau…

La capacité à aller loin

Aller loin cela signifie,

  • faire les meilleures études possibles et de manière générale, pour les humains, vouloir le meilleur pour ses enfants. Aller loin, c’est toujours aller plus loin que là où le parent est arrivé. Sortir de son état.
  • pouvoir choisir les destinations en terme de distance. Certains feront 100 km pour partir en vacances et d’autres iront à l’autre bout du monde. Pour certains, cela constituera le voyage d’une vie et pour d’autres, ils en feront trois par an. POur certain, il s’agira d’être en spectateur comme le touriste attendant la star devant le palais des festivals de Cannes, pour d’autre, il s’agira de mener la vie de château de cette même star avant la représentation devant le même palais et si possible la tutoyer
  • Aller loin c’est enfin pouvoir mener la vie sans contraintes et sans être inquiété. Plus on s’élève dans la hiérarchie et plus on a cette possibilité. Par contre, plus on est bas et plus on est surveillé. Il y a donc une échelle implicite de la surveillance du bas vers le haut.

Aller loin, c’est une question de distance et de liberté quand la liberté est vécu comme synonyme de la non contrainte de déplacement.

Lecture de « langue et identité »

Ce texte est parue dans la revue lecture jeunesse. Il s’intitule Langue et identité : comment marquer son identité en stigmatisant les autres ? Il est écrit par Jean-Pierre Goudallier. Il est l’auteur de « comment tu tchache ? un dictionnaire du parler banlieue. Il revient ici sur les phénomènes linguistiques à l’oeuvre dans les Cités.

Résumé de l’article

Comme le souligne Bruno de la Salle, les adolescents « auront toujours le besoin de se forger de nouvelles paroles pour se reconnaître et être reconnus ». Jean-Pierre Goudaillier s’interroge sur le langage comme un signe identitaire, partagé par le groupe de pairs. Il souligne la créativité de cette parole « jeune » toujours réinventée.

Prise de notes

Le langage des banlieues est à prendre à la fois dans le cadre d’un processus d’identification à un groupe et dans un processus d’identisation , c’est à dire l’affirmation d’une spécificité, d’une différence par rapport à d’autres groupes. Ces pratiques langagières sont à voir dans le cadre d’une résistance face aux difficultés et aux violences qui sont faites à ces groupes. Le sentiment d’exclusion sociale ressentis par ces groupes l’est à la fois de la part de la société française mais aussi de la société d’origine – à lire Insa Sané – sarcelles dakar.

Le langage permet l’appartenance à un groupe de choisi. Il s’agit alors, par ce biais de construire une identité positive en terme spatial (jeunes de cités contre jeunes du centre-ville ou des zones pavillonaires) , sociologique, socio-économique (classes populaires contre classes moyennes++) et socio-culturel (culture de rue vs culture dominante – notion de capital et voir aussi les héritiers selon Bourdieu). C’est une construction contre les groupes dominants ou jugés tel.

Le langage de cité est une conséquence de la violence ressentie par les cités et un moyen donné, parmi d’autre pour exercer une violence en retour (interprétation?).  Du fait de la violence sociale exercée, entre autres, sur cette population et de la violence réactive qu’elle renvoie à son tour, on constate l’émergence au sein même des réseaux de pairs, de moyens de communication linguistique, qui sont autant de marchés francs, tels qu’ils sont définis par Pierre Bourdieu.

On assiste ainsi à la création d’une culture de l’interstice qui prend des formes culturelles propres (vêtements, hip hop, rap, graph…) accompagné par un parler banlieue qui utilise la verlanisation des mots, ainsi que l’adjonction de mots étrangers, une phonétique propre qui donne l’accent banlieue et une créativité lexicale (wesh). Cette langue est devenue une interlangue entre le français vernaculaire et la mosaïque linguistique des cités. C’est une langue qui s’oppose au français normé, celui de l’école. POur l’auteur, on a à faire à une diglossie, un système langagier double, dont une langue est supérieure àl’autre et qui est la marque d’une révolte sociale.

Le renforcement de l’identité sociale par l’usage d’un langage de révolte marque aussi des représentations discriminatoires par rapports aux autres groupes (puisque je suis rejeté, alors je rejette). Cela apparait dans les mots discriminants qui désigne les autres groupes :

Pour désigner les Arabes maghrébins, les termes beurs, rabzas(15), rabzouilles (avec son suffixe -ouille particulièrement dépréciatif), reubeus et sidis sont, entre autres, employés. Pour les Marocains, camaros est fréquemment utilisé(16). Par aphérèse(17), les adjectifs tunisien et algérien deviennent respectivement zien et rien, les Pakistanais (et tous ceux qui leur ressemblent) des ouettes (aphérèse de cacahouètes(18)). Les Chinois, et de manière plus générique toutes les communautés d’origine asiatique, sont dénommés, entre autres, bridés, Jackys, jaunes, miaous , niacoués(19) (niacs en abrégé), noiches, oinichs, tchounes, pikatchous ou pokemons. Pour les Africains et les Antillais, le lexique utilisé dans les cités comporte un nombre relativement important de mots, plus ou moins péjoratifs, parmi lesquels black, son dérivé blackos (avec suffixe argotique -os) et son verlan keubla(20). Les Français de souche (de souches, par aphérèse), appelés aussi souchiens, n’en sont pas pour autant oubliés par les autres communautés : ils deviennent des toubabs(21) et en verlan babtous (apocopé en babs) et boubtas. Leur teint clair et leurs cheveux blonds donnent lieu à une série de stéréotypes ludiques, parmi lesquels on peut noter blonblons, blondins, fromages blancs (ou froms), pots de yaourt, fesses d’aspirine (ou d’oignon), aspirine, cotons-tiges. Les désignations gaulois, fils de Clovis, Chaber(22) font référence à l’histoire de France. Les habitudes alimentaires, en particulier celle qui consiste à manger du porc (pratique interdite par la religion musulmane), sont elles aussi stigmatisées, ce que confirme l’appellation pâté-rillettes et son aphérèse rillettes.

La stigmatisation est un des moyens que se donnent ces jeunes pour construire une identité sociale positive. A noter que cette identité est moins ethnique que sociale.