Quelle EMC à l’école ?

Dans les cahiers du cerfee, n°46, il y a un dossier sur l’éducation morale et civique. Plusieurs articles intéressants à consulter. Gérard Pithon propose de revenir sur l’éducation morale et civique à mettre en oeuvre à l’école.

Résumé de l’éditeur

L’éducation morale et civique en France a connu des extensions ou des réductions, du primaire au secondaire, avec des appellations variées, selon les gouvernements mais aussi les crises sociales que le pays a traversées depuis les lois de Jules Ferry sur l’école. Cette éducation sert de « levier pédagogique » pour améliorer le « vivre ensemble » menacé par ces crises, et tout récemment par des attentats terroristes revendiqués par un islamisme intégriste. Les recommandations de l’Union européenne à ses États membres soulignent l’importance des compétences relationnelles, interculturelles et empathiques, comme éléments facilitant ce vivre ensemble. Dans le même esprit la France s’est dotée d’un « socle commun de connaissances, de compétences et de culture ». Ces orientations européennes et nationales, s’appuyant sur une approche par compétences, sont ambitieuses mais restent difficiles à mettre concrètement en œuvre dans les classes. Cet article présente toutefois des recherches, à titre d’illustrations, qui favorisent l’entraide et la coopération entre les élèves.

Sommaire

Prise de notes

Dans un premier temps l’auteur revient sur la circulaire de Jules Ferry aux instituteurs du 17 novembre 1883 sur l’instruction morale et civique. Dans ce texte, JF rappelle la mise àl’écart de tout dogme et l’affirmation d’un enseignement d’une morale supérieure aux autres. C’est celui une enseignement pragmatique, en acte. Jean Jaurès par la suite va proposer une pédagogie de l’éducation morale qu’il va rapprocher du travail du philosophe Alain. C’est l’affirmation d’une pédagogie active.

Cet enseignement va suivre les aléas de l’évolution politique des sociétés. C’est la fin de la seconde guerre mondiale qui promeut la nécessité dun tel enseignement face à la barbarie nazie. A Partir des années 80, Sida, mise en avant médiatique de la délinquance, problèmes des cités etc. font réapparaître l’éducation morale dans le champs des apprentissages. La guerre en yougoslavie et l’irruption dans le champs social de problématiques religieuses (port du voile, repas halal) fait de l’EMC un enseignement de la diversité. On parle alors d’éducation civique juridique et sociale (la morale est absente de cet enseignement. Au lendemain des attentats de 2015, Vallaud-Belkalcem promeut un parcours citoyen dans lequel l’EMC est le fer de lance. Ce qui apparaît nouveau dans ce dernier enseignement est le passage par une pédagogie de projet (pas si nouveau que ça), une approche par compétences (nouveau paradigme scolaire) et l’apparition d’une éducation à la sensibilité.

A partir de ce panorama l’auteur pose la question du développement de compétences morales d’entraide des élèves. Pour lui, le tutorat et le travail coopératif sont les moyens de ce développement. L’apprentissage est toujours plus efficace quand il résulte du franchissement d’un obstacle par les élèves. Le tuteur formé devient alors celui qui aide à franchir l’obstacle, mais qui ne fait pas à la place.

Quant au travail coopératif, il demande d’abord d’avoir conscience de son état émotionnel ; ensuite de savoir reconnaître les signes expressifs et situationnels (communication) des états émotionnels des autres ; d’utiliser le vocabulaire adéquat d’expression de ces émotions ; d’exprimer de la sympathie et de l’empathie sur les émotions des autres ; de distinguer ressenti émotionnel et expression de ce ressenti des émotions ; utiliser des stratégies de régulation des émotions négatives ; savoir que le niveau d’intimité est déterminé par le partage des émotions authentiques ; savoir gérer ses propres émotions….

Travailler sur les émotions dans le cadre de l’EMC, c’est partir de mise en situations concrètes pour soutenir les pratiques coopératives à l’école.

 

 

 

 

Ethique et éducation morale et civique

Cet article est la prise de notes du cours sur l’éthique (médicale et éducative) de Guillaume Durant à l’ESPE Le mans les 27 et 28 février 2018. Il introduit le cours par la définition de ce qu’est un problème éthique. C’est donc un conflit de valeurs ou de principes qui n’admet pas une seule et unique « solution ». On ne se trouve pas face à des vérités mais à des positions. Et une fois la décision prise pour résoudre ce problème, il va rester un « résidu moral » du problème (Beauchamps et Childress, 1979).

Ce qui est au coeur de l’éthique, c’est donc l’articulation entre le principe d’autonomie et le principe de non-malfaisance.

Il aborde ensuite la question de l’enseignement de la morale tel qu’il apparaît dans l’éducation morale et civique au travers de la notion des « valeurs de la république ». Parle-t-on des grands principes républicains « liberté, égalité, fraternité, laïcité… » qui fondent l’instruction civique ou alors des grands principes moraux étendus à l’individu comme la générosité, le sens de l’effort, toutes choses que l’école devrait partager alors avec la famille. Dans le premier cas nous sommes dans le cadre de la vie juste. Dans le second, nous sommes dans le cadre de la vie bonne. Qu’est-ce alors qu’une vie juste et une vie bonne ?

Dans la définition d’une EMC à l’école, il rappelle la notion de « faire partager » ? Est-ce la connaissance objective des valeurs, ce que la société se donne à elle-même. C’est donc de la transmission de connaissance. Est-ce une contrainte faites aux élèves d’obéir à ses valeurs ? Il s’agit alors d’une imposition par le haut ou alors mettre en place un cadre qui suscite une adhésion libre et éclairée à ses valeurs. Comme si la participation au cadre permettait à l’élève de découvrir en situation les bienfaits de telles valeurs.  Il termine par la question de l’enseignement. Peut-il y avoir un enseignement aux valeurs ?

Il y a deux grands modèles qui s’oppose, le paternalisme politique et moral et le minimalisme politique et moral. Le premier correspond à l’expression « gérer en bon père de famille« . De ce modèle découle l’instruction civique et morale, c’est à dire l’inculcation des règles sociales qui peuvent s’enseigner et le modèle du tuteur pour faire pousser un arbre droit. Le rôle du maître et donc de contraindre plutôt que partager. Les futurs citoyens sont jugés irresponsables et ce qui est fait l’est « pour leur bien« . Pour le second modèle, la liberté de choix, pour soi-même, est absolue tant qu’il n’y a pas nuisance à autrui. A l’école, seul compte l’instruction civique. On peut donc viser une vie juste, mais la vie bonne ne dépend pas de l’école. Existerait-il une troisième voix que l’on rencontrerait dans les nouveaux programmes de 2015 ?