Entretien avec Cynthia Fleury

Philosophe et psychanalyste, Cynthia Fleury fait état dans cette interview de la façon dont la technologie pourrait transformer entièrement l’hôpital. Avec pour objectif d’améliorer la prise en charge des patients.

La technologie, qui suppose une appropriation, devrait être l’opportunité pour transformer totalement l’hôpital afin que le soin puisse y « faire surgir du sujet » plutôt que d’aggraver les mécanismes de « chosification » des patients. C’est à dire permettre aux patient de prendre en main leur parcours de santé.

Cet entretien est paru sur Usbeck & Rica et revient sur l’importance de la technologie pour repenser ce qui est proprement humain dans la relation au patient.

Introduire la technologie dans la relation au patient demande une appropriation de la technologie par les différents acteurs de la relation de santé et suppose des résistance dont il faut tenir compte. Elle suppose donc de revoir de fond en comble l’organisation même de la santé dans le sens où chaque innovation dans une structure demande de redéfinir la structure, alors même que l’organisation hôpital ne fonctionne pas forcément très bien, en l’état.

Dans ce cadre l’introduction de la technologie demande à revoir ce qui est le propre du travail du praticien aujourd’hui. En quoi son métier, sa pratique doit redécouvrir ce qui est proprement humain. C’est donc la question du sens qui est au cœur de cette question.

vous devez identifier ce qui fait la spécificité de l’acte humain, que la machine ne peut remplacer, ou tout simplement inventer une nouvelle façon de faire soin, afin de la valoriser et de la développer. 

Les technologies ne sont ni bonnes ni mauvaises (pharmakon classique qui n’est pas le propos de CF). Elle peuvent permettre d’humaniser la relation au patient comme par exemple la toilette intime des patients en perte d’autonomie et peuvent aussi faire des tâches longues et répétitives sans humeur, ce qui permet au patient de mieux prendre en main son parcours de santé, car la relation à la machine lui permet d’être mieux reconnu comme humain.

Le soin doit lui permettre de renforcer aussi sa capacité à travailler à sa santé. Le patient est alors un sujet et non plus un objet. La machine doit donc renforcer la motivation au soin comme dans la volonté de garder un état d’autonomie le moins dégradé possible.

Une autre fonction de la machine est d’ordre transférentiel. La machine permet d’expression d’émotions et de la réassurance affective. Le fait qu’elle soit tout le temps allumé pose aussi la question des données personnelles. Le risque de marchandisation réel est à contrebalancer par le recours à une réflexion éthique et esthétique.

L’introduction des technologies vise donc à réfléchir sur ce qui fait le caractère irremplaçable de l’humain. Et pour cela la seule solution est l’engagement dans la cité : cette chose qu’il faut faire, je ne peux en déléguer l’exécution à autrui, c’est à moi de la faire (Jankélévitch). Et cet engagement est toujours renouvelé avec chaque changement. C’est de l’ordre de la responsabilité humaine.

L’être humain, responsable de tout, doit avoir le soucis de soi et le soucis des autres dans l’écosystème dans lequel il évolue. Il ne peut y avoir de responsabilité et d’engagement sans réflexion et action vis-à-vis de nos organisations, donc de nos écosystèmes ni vis à vis des technologies que nous utilisons, qui deviennent des acteurs de cet écosystème, et qui donc le change. La technologie porte donc toujours la nécessité de reconstruire, de réinventer un écosystème. Il me semble impensable d’imposer une nouvelle technologie sans réflexion organisationnelle, prenant acte, et de notre irremplaçabilité, et de notre vulnérabilité.

A la suite, le journaliste revient sur la question du big data et son impacte sur la génomique et la médecine prédictive. CF précise alors qu’il ne faut pas confondre médecine de précision et médecine personnalisée. La machine sera plus précise, mais permettra-t-elle pour autant de personnaliser les soins ? Dans le domaine algorithmique, la précision relève alors plutôt des probabilités [en fait tout processus de personnalisation, y compris avec les moteurs de recherche, est d’abord un calcul mathématique qui ne part jamais de la personne – la machine n’a accès qu’aux traces de l’activité et n’a pas accès aux intentions, elle ne peut que les corréler].

La génomique ne produit que des possibles statistiques et des corrélations. Elle ne produit pas de l’avenir car elle ne peut pas prendre en compte les interactions à venir. Le praticien se trouve cependant face un choix donner l’information sur l’ADN à son patient et ainsi le changer selon le principe que l’information change le système et en l’occurrence chez le patient, peut changer son humeur (s’il apprend qu’il est un potentiel porteur d’un gène déclencheur d’un cancer) et induire des interprétations fausses. Cependant ne rien lui dire est un manque de déontologie car lui et sa parentèle a le devoir de connaître l’existence de ce gène. Il n’y a donc pas de prédiction puisqu’il y a changement de l’état initial mais un sentiment de prédiction.

Ce qui est au coeur du geste du patricien est donc d’abord une question d’accompagnement et de construction de la confiance, donc de connaissance de l’autre dans la relation : Cela signifie qu’en amont, au moment de la formation, puis de façon réitérée lors de la formation continue, il convient d’insister sur l’importance déterminante du geste clinique, sur l’indispensable prise en compte de l’intersubjectivité du patient comme des soignants, donc sur la compréhension et l’accompagnement de l’humain.

Avec le développement de la connaissance des publics sur leurs maladies, notamment avec le travail de médiatisation de la connaissance et d’interaction portées par les associations de malades doit permettre de développer une éducation de la thérapeutique portée par les praticiens en co-construction avec leurs patients et les associations.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’école de Palo Alto par Cynthia Fleury

Cynthia Fleury est une philosophe française connue pour avoir importée la notion de care en france et qui est aujourd’hui titulaire de la chaire de philosophie de l’hôpital. Dans les deux vidéo qui suivent, elle présente l’école de Palo Alto et son apport à la clinique actuelle.

A consulter aussi sur le site de la chaire de l’hôpital ici et ici