Lu dans « conséquence d’une disparition »

Livre de Christopher Priest sur recommandation de https://usbeketrica.com/article/6-romans-de-science-fiction-a-lire-cet-ete

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 » — Une vision à rapprocher du théorème du sociologue américain William Isaac Thomas : « Si des gens définissent des situations comme réelles, alors elles sont réelles dans leurs conséquences.» — » Voir sur Thomas chez wikipedia — https://fr.wikipedia.org/wiki/William_Isaac_Thomas

Ce théorème sociologique peut être exprimé en des termes non mathématiques sous la forme du théorème de Thomas. Vous en avez entendu parler, évidemment. (Pas du tout. Je continuais de prendre des notes dans la plus grande précipitation.) Les Thomas — en fait, ils étaient deux, tous deux appelés Thomas — ont dit que, si une situation peut être considérée comme réelle, alors elle aura des conséquences réelles. La situation peut être déterminée. C’est la situation qui provoque les actions, les réactions, les faits. Cette interprétation, cette définition, n’est pas objective. Elle est subjective. Les actions et les réactions sont affectées par les perceptions subjectives des situations. – p. 256

Autrement dit, c’est l’interprétation d’une situation qui détermine l’action. p. 291

« Thomas… oui, évidemment. Je suis heureux que vous vous en souveniez. Cet endroit, cette enclave en Écosse, est une incarnation du théorème de Thomas. Ici, il se réalise. Le théorème de Thomas est ce que les mathématiciens appellent un théorème conditionnel, et donc similaire à une grande partie du travail de quantification que j’ai effectué durant des années. Il n’est par contre pas intrinsèquement mathématique. Je vous ai déjà expliqué cela. Parce que c’est un théorème sociologique, qui s’applique à des personnes réelles dans des situations familières, il est resté très largement inexploré par les mathématiciens. Le théorème de Thomas traite des conséquences. Il a donc des applications dans le monde réel. Pour en revenir brièvement à mon analogie précédente, le théorème de Thomas est comme de la poésie concrète. Il a une utilité, une forme tangible. Il a été formulé dans les années 1920 par des sociologues inquiets des conséquences du comportement humain et des croyances humaines… » p.477

« Avant que le monde réel ne fût affecté par l’introduction des réseaux sociaux, les choses comme les idées, les préjugés, les contraintes, les théories, les analyses, les déclarations d’amour, les contradictions, les blagues, les menaces, les insultes, les promesses, et ainsi de suite, étaient monologiques. Ce qui signifie que jusqu’à maintenant relativement peu de gens — une élite autoproclamée mais intelligente — avaient eu accès à leurs moyens de dissémination. Il s’agissait des artistes, des écrivains, des journalistes, des philosophes, des universitaires, des politiciens. Les rares parlaient aux nombreux. Ce faisant, ils aidaient à modeler la société dans laquelle les nombreux vivaient. Maintenant, à cause d’Internet, les nombreux parlent librement aux nombreux. Les faits ont été remplacés par les opinions. L’absence de filtrage les rend malléables, modifiables. p.486

« Donc, demandez-vous avec votre exigence d’exactitude, que suis-je en train de faire ? La conjecture avec laquelle ils se débattent ici est sociétale. Ils désirent changer la réalité des faits qui les dérangent en les enveloppant de faits erronés qui ont leur préférence. Mon travail est d’en dériver un théorème qui prouve que la conjecture est vraie — j’ai presque terminé. Nous avons parlé du théorème de Thomas, qui me sert de canevas… » p. 498

« … j’écris des lignes de code pour leurs ordinateurs, je conçois des algorithmes, j’exprime en code machine ce qu’ils veulent faire du monde. Je suis sempiternellement conscient de leurs lacunes — ils s’inquiètent de la réalité, mais ne voient pas de différence entre de l’eau mise en bouteille industriellement et une source multiséculaire. Où est la réalité, où est l’imitation ? Laquelle préférons-nous ? Ils voient ce nouveau média social se développer sur toute la planète, et veulent faire un usage opportuniste de ces programmes pour créer ce qu’ils envisagent comme une réalité contrôlable transformée. Ils croient à l’interprétation, pas à l’analyse. Ils vénèrent l’opinion et méprisent les faits. Ils parlent d’action, quand ils ne font que prendre note des conséquences des actions des autres. Une fausse réalité, pensent-ils, a des conséquences aussi tangibles que celles de la vérité, ni plus ni moins — quelle différence cela fait-il, semblent-ils demander. Les deux Thomas avaient identifié ces gens il y a un siècle. Si des gens définissent des situations comme réelles, alors elles sont réelles dans leurs conséquences. Autrement dit, c’est l’interprétation d’une situation qui détermine l’action. Vous comprenez ? p. 498

« Supposons, pour les besoins du raisonnement, l’existence d’un objet, une chose réelle. Je l’appellerai l’objet A. Lorsque nous le voyons, ou que nous le tenons, ou que nous l’examinons, nous créons instantanément deux réalités alternatives. L’original, l’objet A, et la perception que nous en avons, que j’appellerai l’objet B. Les deux peuvent être très proches, selon la façon dont nous le voyons, la précision de notre perception ou la finesse de notre interprétation. Maintenant ajoutons un deuxième observateur. Si plus d’une personne observent l’objet A, ils ont la possibilité d’en discuter, d’arriver à un consensus. L’objet A est inchangé, mais l’objet B devient plus réel, plus tangible, plus subtil. Il devient plus crédible. À mesure qu’augmente le nombre de gens qui l’observent et le tiennent et l’examinent, le consensus à son sujet prend de la force. Les suppositions sont de plus en plus nombreuses, et leurs conséquences de plus en plus inarrêtables. L’objet A et l’objet B sont toujours fort semblables, mais ils commencent déjà à diverger. p.499

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