Exercices spirituels

On trouve la notion d’exercices spirituels chez Habot dans ses Exercices spirituels et philosophie antique.  » il est un de ceux qui ont insisté sur le fait que la philosophie antique était d’abord une manière de vivre, un exercice spirituel, bref une pratique et pas une théorie, un pur champ universitaire comme elle l’est de nos jours.« 

Cette notion est intéressante et mérite d’être réemployée. On peut la voir dans les pratiques scolaires de lecture collective (SIlence On Lit) qui doit être vue comme un exercice spirituel plus que comme un apprentissage du plaisir de lire (qui reste à prouver). Ce sera un plaisir parce que l’exercice sera répété et intégré.

A voir aussi ce que cet exercice de lecture, ou cette pratique comme le présente cet article de the conversation, comment la lecture change notre cerveau, peut apporter à la théorie de l’esprit « définit comme la capacité à attribuer à autrui des pensées, des intentions, des émotions, et être ainsi à même de comprendre et de prédire le comportement des autres. »

La pratique philosophique qui se développe aujourd’hui opère un retour à des exercices proches de ceux qui avaient cours dans les écoles de l’Antiquité. Il ne s’agit pas d’échafauder de grands systèmes ou d’étudier ceux des grands auteurs de l’histoire de la philosophie, mais plutôt de pratiquer des exercices réguliers au moyen du langage afin de cultiver la santé de notre esprit, tout comme certains pratiquent des exercices physiques réguliers afin de cultiver la santé de leur corps.

Ces exercices de pratique philosophique s’appuient sur un certain usage du langage. Ce dernier peut nous servir à nous masquer la réalité par toutes sortes de mensonges et d’illusions que nous entretenons confortablement, mais il peut aussi nous permettre de la dévoiler. Qu’il s’agisse de débat sur un problème, de questionnement, d’argumentation, de conceptualisation, de consultation, de lecture de textes, toutes ces approches ont pour point commun de nous donner l’occasion d’exercer notre jugement par la confrontation avec l’altérité. Se confronter avec l’altérité, cela signifie se risquer à mettre en question ses propres présupposés, à en examiner les limites. Ce qui aura pour effet, sinon de les dépasser, du moins de nous assouplir l’esprit en considérant qu’il est d’autres points de vue possibles tout aussi valables que le nôtre. Le système de représentation et de pensée de chacun d’entre nous fonctionne à partir d’un certain nombre de présupposés dont nous n’avons pas toujours conscience. Nous refusons généralement de les mettre en question, et si d’aventure ils viennent à être discutés, nous nous offusquons, nous nous scandalisons. La pratique philosophique nous invite justement à nous débarrasser de ces barrières d’affects dont nous entourons nos idées. Il s’agit non de confirmer nos présupposés, mais de les mettre au jour, de les observer avec recul, de les problématiser, voire de les critiquer (voir ici). C’est-à-dire, au moins pour le temps de l’atelier, de penser notre « impensable ». Un atelier de philosophie pratique est réussi pour les participants non pas s’ils ont confirmé ce qu’ils pensaient déjà, mais plutôt s’ils se sont mis à penser autrement, à penser ce qu’ils ne pensent pas habituellement et spontanément. Cette dernière idée semblera peut-être évidente à beaucoup de lecteurs. Pourtant, elle est difficile à mettre en pratique tant nous résistons généralement à ce qui bouscule nos habitudes. Se confronter avec l’altérité suppose, pendant un atelier, de mettre en œuvre diverses aptitudes. – Philosopher pour se retrouver – Laurence Boucher p. 111

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.