Lecture de « langue et identité »

Ce texte est parue dans la revue lecture jeunesse. Il s’intitule Langue et identité : comment marquer son identité en stigmatisant les autres ? Il est écrit par Jean-Pierre Goudallier. Il est l’auteur de « comment tu tchache ? un dictionnaire du parler banlieue. Il revient ici sur les phénomènes linguistiques à l’oeuvre dans les Cités.

Résumé de l’article

Comme le souligne Bruno de la Salle, les adolescents « auront toujours le besoin de se forger de nouvelles paroles pour se reconnaître et être reconnus ». Jean-Pierre Goudaillier s’interroge sur le langage comme un signe identitaire, partagé par le groupe de pairs. Il souligne la créativité de cette parole « jeune » toujours réinventée.

Prise de notes

Le langage des banlieues est à prendre à la fois dans le cadre d’un processus d’identification à un groupe et dans un processus d’identisation , c’est à dire l’affirmation d’une spécificité, d’une différence par rapport à d’autres groupes. Ces pratiques langagières sont à voir dans le cadre d’une résistance face aux difficultés et aux violences qui sont faites à ces groupes. Le sentiment d’exclusion sociale ressentis par ces groupes l’est à la fois de la part de la société française mais aussi de la société d’origine – à lire Insa Sané – sarcelles dakar.

Le langage permet l’appartenance à un groupe de choisi. Il s’agit alors, par ce biais de construire une identité positive en terme spatial (jeunes de cités contre jeunes du centre-ville ou des zones pavillonaires) , sociologique, socio-économique (classes populaires contre classes moyennes++) et socio-culturel (culture de rue vs culture dominante – notion de capital et voir aussi les héritiers selon Bourdieu). C’est une construction contre les groupes dominants ou jugés tel.

Le langage de cité est une conséquence de la violence ressentie par les cités et un moyen donné, parmi d’autre pour exercer une violence en retour (interprétation?).  Du fait de la violence sociale exercée, entre autres, sur cette population et de la violence réactive qu’elle renvoie à son tour, on constate l’émergence au sein même des réseaux de pairs, de moyens de communication linguistique, qui sont autant de marchés francs, tels qu’ils sont définis par Pierre Bourdieu.

On assiste ainsi à la création d’une culture de l’interstice qui prend des formes culturelles propres (vêtements, hip hop, rap, graph…) accompagné par un parler banlieue qui utilise la verlanisation des mots, ainsi que l’adjonction de mots étrangers, une phonétique propre qui donne l’accent banlieue et une créativité lexicale (wesh). Cette langue est devenue une interlangue entre le français vernaculaire et la mosaïque linguistique des cités. C’est une langue qui s’oppose au français normé, celui de l’école. POur l’auteur, on a à faire à une diglossie, un système langagier double, dont une langue est supérieure àl’autre et qui est la marque d’une révolte sociale.

Le renforcement de l’identité sociale par l’usage d’un langage de révolte marque aussi des représentations discriminatoires par rapports aux autres groupes (puisque je suis rejeté, alors je rejette). Cela apparait dans les mots discriminants qui désigne les autres groupes :

Pour désigner les Arabes maghrébins, les termes beurs, rabzas(15), rabzouilles (avec son suffixe -ouille particulièrement dépréciatif), reubeus et sidis sont, entre autres, employés. Pour les Marocains, camaros est fréquemment utilisé(16). Par aphérèse(17), les adjectifs tunisien et algérien deviennent respectivement zien et rien, les Pakistanais (et tous ceux qui leur ressemblent) des ouettes (aphérèse de cacahouètes(18)). Les Chinois, et de manière plus générique toutes les communautés d’origine asiatique, sont dénommés, entre autres, bridés, Jackys, jaunes, miaous , niacoués(19) (niacs en abrégé), noiches, oinichs, tchounes, pikatchous ou pokemons. Pour les Africains et les Antillais, le lexique utilisé dans les cités comporte un nombre relativement important de mots, plus ou moins péjoratifs, parmi lesquels black, son dérivé blackos (avec suffixe argotique -os) et son verlan keubla(20). Les Français de souche (de souches, par aphérèse), appelés aussi souchiens, n’en sont pas pour autant oubliés par les autres communautés : ils deviennent des toubabs(21) et en verlan babtous (apocopé en babs) et boubtas. Leur teint clair et leurs cheveux blonds donnent lieu à une série de stéréotypes ludiques, parmi lesquels on peut noter blonblons, blondins, fromages blancs (ou froms), pots de yaourt, fesses d’aspirine (ou d’oignon), aspirine, cotons-tiges. Les désignations gaulois, fils de Clovis, Chaber(22) font référence à l’histoire de France. Les habitudes alimentaires, en particulier celle qui consiste à manger du porc (pratique interdite par la religion musulmane), sont elles aussi stigmatisées, ce que confirme l’appellation pâté-rillettes et son aphérèse rillettes.

La stigmatisation est un des moyens que se donnent ces jeunes pour construire une identité sociale positive. A noter que cette identité est moins ethnique que sociale.

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