Qu’est-ce que l’autonomie ?

L’autonomie est un concept en faisceau, c’est à dire difficilement réductible à une explication simple. Il prend en compte à la fois le couple dépendance / indépendance et le couple physique / psychique. La dépendance physique n’empêche pas l’autonomie car je conserve la capacité à délibérer et à décider. L’autonomie n’est ni l’indépendance ni la liberté de mouvement si je n’est pas capable de réflechir à ses actes. Le rapport entre la servitude et l’autonomie est à discuter. Peut-on faire le choix autonome de la servitude (cf. La Boétie. De la servitude volontaire) ? L’autonomie requiert un minimum de rationalité (agir avec raison) et de responsabilité (intention et projection et volonté)

L’autonomie est volontaire (je fais usage de ma volonté), réflechie (j’envisage les conséquence, mais je réfléchis aussi aux conditions de la faisabilité – en un sens il y a dans la notion de réfléchi la notion de projection), intentionnelle (j’ai l’idée de le faire – à distinguer de la volonté qui est la mise en route) et libre. On retrouve dans la notion d’autonomie la notion de consentement éclairé et libre. Consentir, c’est le faire de manière autonome, y compris en souscrivant, de cette manière à la servitude. cf. L’âge de cristal (1976). Peut-on vivre une vie de plaisir avec un âge limité (30 ans) ?

Beauchamp et Childress (1979) examinent trois conditions de l’action autonome en contexte normal : pouvoir agir intentionnellement, avec compréhension de la situation et sans influences extérieures exerçant un contrôle (contraintes) sur leur action (hypothèse du libre-arbitre).

En ce qui concerne l’intention, elle est soit présente, soit elle ne l’est pas. Par contre en ce qui concerne la compréhension et l’influence, il y a une question de degré. La personne qui agit a-t-elle une compréhension optimale de la situation (pas sûr quand on sait que pour enclencher l’action, il n’est pas possible de connaître l’ensemble des informations à dispositions – la prise de décision est toujours quelque chose de flou) et est-elle plus ou moins sous influence. Parmi les influences, on peut noter les contraintes sociales (interdits, normes, valeurs…), les discours sociaux et tout de qui est de l’ordre de l’éthique prescriptive, et les contraintes et influences des proches, c’est à dire autrui que j’autorise à franchir le périmètre de mon intimité, de manière plus ou moins profonde. Concernant cette question de l’influence, l’inceste du dilemme de l’inceste est-il possible ? La situation est-elle possible sans entraves sociales puisque les normes sociales sont dans les personnes ?

Les compétences que requiert l’autonomie sont variables et graduelles. Par exemple, peut-on faire preuve d’esprit critique quand on ne connaît rien du domaine scientifique dans lequel on évolue. Par exemple peut-on prendre une décision d’achat d’une voiture d’occasion alors qu’on a pas la main sur le moteur mais seulement sur la notoriété du vendeur ? L’autonomie est conditionnelle. Il s’agit alors plutôt de parler de degré d’autonomie. L’autonomie est déterminée et située.

Selon Baertschi (in Durant et jean (Dir.) l’autonomie à l’épreuve du soin, 2015) il y a trois niveaux d’autonomie. L’autonomie de la personne qui est la capacité générale à évoluer et à être l’auteur de sa vie ; l’autonomie de la volonté, c’est à dire la capacité à faire des choix librement dans la situation (exemple de la personne alcoolisée qui conserve soin autonomie générale mais n’a pas, pour l’heure sa volonté) et l’autonomie de l’action et de la décision. Quelle est alors la part d’autonomie dans la décision.

On dénote également trois modèles de l’autonomie. Le modèle kantien de l’auto-législation. Les actions que je fais le sont en fonction de la raison et dépourvu de tout recours aux sentiments. La personne agit selon une loi naturelle qui est celle de la raison. Le modèle de l’indépendance ou de l’autodétermination (Locke – Mill) qui est la capacité ultime qu’aurait l’individu de penser et d’agir en connaissance de cause, selon ses opinions, ses croyances, ses valeurs, ses désirs. L’action est faite par la personne en fonction de qui elle est. L’action se doit donc d’être conforme à qui elle est. Enfin le modèle du plan de vie (Rawls). L’action est conduite selon un projet ou un style de vie, selon une conception de la vie bonne que l’on a librement choisie. Il y a là la notion de projection qui est au centre.

Pour Durant (2016) l’autonomie s’acquiert. Il y a trois niveau d’autonomie, les aptitudes intellectuelles (quelqu’un qui n’aurait qu’une intelligence pratique, comme un animal, est il autonome (NDC) ? Il faut une absence de contraintes, sachant que dans un environnement social, la contrainte est toujours présente dans le regard des autres. Voir par exemple la fabrique du conformisme social sur les réseaux sociaux. ENfin le troisième niveau est celui de l’autorité dans le sens être auteur. Il y aurait là aussi des choses à dire sur ce que signifie être auteur. AU niveau juridique, c’est la production d’une oeuvre originale (la qualité esthétique est absente de la définition). Quelle différence entre auteur de ses actes, et acteur de la situation ?

Pour durant l’autonomie est variable et comporte des degrés. Il détermine 7 degrés. Le premier est l’aptitude à exprimer ou communiquer une préférence ou un choix. Reste à se mettre d’accord sur ce qu’est communiquer et sur ce que l’autre veut dire, avec quel langage il s’exprime.

Le second degré est l’aptitude à comprendre la situation dans laquelle on se trouve. La compréhension est quelque chose de très fluctuant. Elle dépend de l’information que je prend dans l’environnement dans lequel je suis et de ma capacité à prendre cette information. Dans le modèle de l’orchestre, tout communique avec tout. AI-je les capacités minimales ‘observation pour prélever de l’information ?

L’aptitude à comprendre l’information pertinente. La question de la pertinence est intéressante à noter. elle est pertinente par rapport à mon projet ? Par rapport à la situation dans laquelle je suis ? De plus la pertinence suppose un classement, un ordre ? Comment est-il construit ?

L’aptitude à apporter une raison (raisonnement). C’est la fonction de justification de son action. J’ai fait ça parce que !

L’aptitude à apporter une raison rationnelle. Ce qui est mis en avant ici est la cohérence du discours et l’enchaînement logique des propositions sans prendre en compte le contenu. Une personne délirante peut être cohérente, est-celle alors autonome ?

L’aptitude à apporter des raisons relatives aux risques et avantages. La réflexion a envisagé les pours et les contres de la décision et à donc fait un choix en conscience.

L’aptitude à parvenir à une conclusion raisonnable, c’est à dire jugé raisonnable par une personne de jugement (un autre moi même aussi raisonnable que je le suis).

Plus qu’un donné, l’autonomie est d’abord un processus toujours recommencée pour chaque décision.

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