La capacité à aller loin

Aller loin cela signifie,

  • faire les meilleures études possibles et de manière générale, pour les humains, vouloir le meilleur pour ses enfants. Aller loin, c’est toujours aller plus loin que là où le parent est arrivé. Sortir de son état.
  • pouvoir choisir les destinations en terme de distance. Certains feront 100 km pour partir en vacances et d’autres iront à l’autre bout du monde. Pour certains, cela constituera le voyage d’une vie et pour d’autres, ils en feront trois par an. POur certain, il s’agira d’être en spectateur comme le touriste attendant la star devant le palais des festivals de Cannes, pour d’autre, il s’agira de mener la vie de château de cette même star avant la représentation devant le même palais et si possible la tutoyer
  • Aller loin c’est enfin pouvoir mener la vie sans contraintes et sans être inquiété. Plus on s’élève dans la hiérarchie et plus on a cette possibilité. Par contre, plus on est bas et plus on est surveillé. Il y a donc une échelle implicite de la surveillance du bas vers le haut.

Aller loin, c’est une question de distance et de liberté quand la liberté est vécu comme synonyme de la non contrainte de déplacement.

Dieu n’a pas d’adresse, l’atelier

Préparation d’un atelier philo à partir de l’histoire de Ernie Sanders et de Mircea Pavel qui ont tous les deux porté plainte contre Dieu, le premier en tant que sénateur du Nebraska contre les intempéries supposément provoqués par Dieu, le second, condamné pour meurtre, parce que Dieu, n’a pas respecté le contrat de sa naissance de le délivrer du mal. La réponse fut la même dans les deux cas : Dieu n’est pas justiciable, il n’a pas d’adresse.

L’idée de cet atelier est de partir d’une histoire, de demander aux élèves qu’elle est la conclusion de l’histoire et d’aborder ensuite la notion d’adresse. Les pistes de réflexion sont à suivre. En voici quelques unes :

Quelles autres plaintes peut-on faire, aussi absurde (voir un jour une actu), ce qui renvoie à la responsabilité personnelle et à la liberté de chacun

une adresse est d’abord une notion juridique, en lien avec l’identité d’une personne. Une personne est donc définie en droit. Cette adresse est dans un espace qu’elle contribue à définir. L’espace est donc d’abord un tissu ou un filet ou mieux un réseau (rets/filet = notion de réseau) d’adresse. Notion topologique de l’espace. On peut déboucher ainsi sur la notion de réseau.

Une adresse, cependant ne défini pas seulement une identité d’une personne mais aussi l’identité (ou les coordonnées, ou les caractéristiques) des objets. A partir de là on débouche sur la question d’internet.

mise à jour après 5 séances avec des groupes de 6e.

Déroulement

  1. Lecture de l’histoire avant la réponse du juge. Qu’en pensez-vous ? De la responsabilité de l’homme // de l’irresponsabilité de Dieu. Ce n’est pas la question de Dieu qui est au centre mais la question de l’homme. – 10 minutes

2. Qui/C’est quoi est Dieu ? Le doute sur la question renvoie à l’interrogation suivante, Dieu est-il une personne ? C’est quoi une personne ?

  1. C’est quoi Être une personne ? Un être humain ? Un individu ? Une personne ? Un sujet ? (voir plus bas) – 10 minutes [la notion de sujet n’a pas été abordé]

  2. Lecture de la réponse du juge. Dieu n’a pas d’adresse = justiciable (voir plus loin). Besoin d’une identité dans un espace. – 10 minutes

  3. C’est quoi habiter une maison ? (voir plus bas) – 10 minutes [impossible à tenir dans l’heure – à faire peut être dans un second temps en posant la question, c’est quoi habiter quelque part ?]

  4. Est-ce que des objets peuvent avoir une adresse ? 10 minutes

Identité

Pourquoi une adresse est-elle la base de la justice ?  Parce que le Droit est associé à un pays. Parce que si on veut trouver quelqu’un, on a besoin de son adresse. Donc il faut être une personne. L’adresse est inventée en France au 18e siècle pour que la police aille trouver celui qui n’a pas payé l’impôt. Ensuite pour pouvoir adresser les factures. Par exemple l’inscription à la médiathèque, il a fallu prouver votre adresse.

De quand date les noms de famille. Du Moyen-âge quand les villes se sont construites (12e/13e s.) et qu’il a commencé à y avoir beaucoup de monde avec un même prénom. Les noms sont créé sur des bases assez classiques, quelque soit les cultures : fils de… métier, provenance, surnom (positif ou négatif : hadj, petitjean)

Une adresse, c’est un nom, un lieu (n° + rue), une ville, un pays. C’est donc un point précis sur la planète qui met en relation un espace, un territoire avec une personne ou un objet. On part du micro vers le macro. Quelles autres adresses ? Le GPS, l’identification dans un réseau…

Etre humain, individu, personne, sujet

C’est quoi être vivant. C’est croître et grandir jusque vers la mort. Nous ne pouvons avoir qu’une expérience de la vie et il nous est impossible d’avoir une expérience de la mort. La vie c’est des processus biologiques qui ont une généalogie, des premières bactéries, il y a trois milliards d’années aux nouveaux animaux de compagnie et à la sélection du vivant. Un être vivant perçoit son environnement par les sens (humains et animaux) mais aussi par d’autres processus chimique ou électrique. Un être vivant vit en symbiose avec son environnement (les racines des arbres et les champignons par exemple ou les bactéries dans le corps des mammifères). Un être vivant ne fait pas que vivre, il existe car il est en relation avec son environnement. Un être vivant transforme les perceptions de son environnement en « émotion ». Il est organisé autour de deux principes de douleur et de plaisir.

  • un être humain peut être décrit comme un corps composé de jambes, de bras, d’organe… vertébré, mammifère, social, réflexif, ayant des sentiments, faber et pouvant avoir des expériences (c’est à dire une réflexion et un discours sur le faire) et producteur de culture, et ayant un langage complexe. Ce qui va différencier un être humain d’un animal, ce n’est pas la réalité des émotions qu’il ressent mais le fait qu’il puisse les dire (langage) et en avoir conscience (conscience de soi et réflexivité – c’est le cogito ego sunt – et donc la subjectivation) et donc les transformer en sentiment : exe, éprouver de la douleur (animal) et souffrir (homme qui perçoit en lui la douleur et qui sait en appréhender les signaux pour agir). Cependant la perception vécue de l’animal échappe à l’être humain.

un être humain est donc un individu, en ce sens qu’il appartient à une espèce, une personne car il est unique et joue son rôle au mieux de l’environnement dans lequel il est et des situation dans lesquelles il interfère. C’est enfin un sujet car il a la conscience de soi.

  • Un individu est un quelqu’un d’unique qui appartient à une espèce donnée et qui en a les caractéristiques (être humain – voir plus haut). Il a une frontière (le corps), il ne peut être coupé (deux moitié de chien ne font pas deux chiens). Il peut être compté. C’est aussi une entité qui ne peut être divisé par opposition à un groupe. Il est visible sous la forme de son corps. Aujourd’hui avec la nouvelle vision du biotope en symbiose avec l’individu, et les relations globales aux bactéries, mais aussi avec l’hypothèse Gaïa, le périmètre de l’individu devient beaucoup plus flou.

Un individu possède des différences mineures par rapport à un un autre individu qui sont d’ordre génétique (génétique des populations) et culturel (apparence, comportement évolue dans le temps et dans l’espace différemment d’un autre, caractère, culture, communication…) Il est également une identité génétique individuelle unique.

  • Une personne vient de persona, en latin, le masque de l’acteur. C’est donc bien la couche identité (identification, identique à soi-même / à autrui à un moment donné – identité juridique – identité active – identité et rôles – mêmeté) et personnalité (caractères permanents de l’individualité, originalité et singularité – ipséité) dans le temps (ce que je suis aujourd’hui diffère de ce que je fus et de ce que je serais // ce que je suis est aussi une permanence de ce que je fus et de ce que je serais).  Elle est unique. Je peux définir une personne juridiquement. C’est bien une personne que l’on vient chercher à l’adresse donnée.

Une personne est aussi quelqu’un qui a conscience de lui-même, et qui est vu comme te. Il est identifié par son apparence, son comportement, son caractère, sa communication, ses connaissances et tout ce qui fait qu’il fait. Avoir conscience cela signifie qu’un individu a l’intuition de ses états mentaux, de son existence et du monde qui l’entoure. La conscience porte sur ce qui se passe dans l’esprit de la personne (raisonnements, connaissances, croyances, perceptions, rêves, identité…) et sur l’environnement extérieur (espace, personnes, relations…). La conscience est d’abord la conscience de soi. [pour l’instant, pas de travail autour de la conscience].

Une personne est dans le temps et dans l’espace. elle a des qualités, des valeurs qui se rattache à une société donnée. Elle a des qualités morales, des défauts, des droits et des devoirs.

Une personne a une personnalité juridique qui lui est donné à la naissance. Une personnalité juridique s’inscrit dans un système d’identité : identifiant inscrit dans le registre d’identité qui permet d’établir des documents d’identité attestant de droits et de devoirs garantit par une autorité.

  • Le sujet est un individu (ce qui distingue un individu, d’un autre), une personne (qui a conscience de soi) qui produit des actes.  Il a la faculté de parler à la première personne. Un sujet est un « je » qui produit des actes, des pensées, qui a des perceptions qui lui sont propre. C’est là le domaine de la responsabilité. Un sujet a un point de vue unique (subjectivité) sur le monde qui l’entoure. Par exemple, Mircea Pavel  s’exonère de sa responsabilité en portant plainte contre Dieu, mais celui-ci ne peut aller en justice car il n’habite pas le pays comme une personne. Par contre Dieu, dans les livres saints, l’ancien testament notamment, peut aussi être un « je »]

Qu’est-ce quu’n espace ?

Un espace est délimité par une frontière. En mathématiques, c’est une surface déterminée et finie, c’est à dire qui a des frontières. En géométrie euclidienne, l’espace est la troisième dimension, celles qui combine les plans entre eux. Un plan est facilement compréhensible par la représentation de la feuille de papier sur laquelle je peux tracer un point (dimension 0), une droite qui nécessite obligatoirement deux points (dimension 1), et un plan qui nécessite obligatoirement deux droites (dimension (2). L’espace est la dimension 3 qui nécessite d’avoir deux plans sécants (un volume quelconque) et la 4e dimension est celle de l’espace-temps.

Il peut aussi être délimité par mon regard, l’extrême limite où mon regard porte. C’est la ligne d’horizon qui détermine l’espace dans lequel je vis et j’agis (Nietzsche). C’est donc quelque chose que l’on ne peut saisir (comme l’arc en ciel) mais que l’on veut atteindre. Un espace est donc aussi délimité par nos perception : espace sonore, visuel, sensoriel… Nous nommons alors les choses dans cet espace selon leur plus ou moins grande proximité à nous.

Un espace géographique est un est un espace social, produit des groupes humains qui l’organisent et le mettent en valeur pour répondre à des objectifs fondamentaux : appropriation, habitat, échanges et communication, exploitation. Dans un espace l’homme est toujours présent. Le CDI est un espace où des élèves ont des pratiques scolaires.

Un réseau créé aussi un espace, dans e sens où il est une réalité physique (réseau de téléphone] ou que l’on peut le représenter (logique du réseau social sociologique qui devient une réalité physique via internet et qui de se fait donne lieu à la création de nouvelles représentations). Internet, réseau physique et numérique et hypertexte et social est un espace dans lequel le sujet agit, crée ou recrée son identité et sa personnalité, en lien avec les interactions physiques.

Habiter une maison

C’est le lieu de la protection, de la sécurité. C’est l’un des besoins primitifs de l’homme avec manger et se reproduire. C’est aussi le refuge et le lieu de la tranquillité. C’est être à l’abri du regard de l’autre, de l’étranger (celui qui n’est pas la famille) Habiter, c’est vivre. C’est aussi le lieu où je construit mon identité (affiches sur les murs de la chambre). Habiter c’est faire sien, s’approprier un espace : c’est ma chambre. L’espace habité peut aller du plus petit (le lit) au plus grand (le territoire). Partir de chez ses parents, c’est habiter une autre maison. C’est la marque de l’autonomie.

C’est aussi l’endroit à partir de où je construit ma sociabilité et mon inscription dans l’espace social, culturel, économique… Ce n’est donc pas simplement une tanière qui me protège, mais aussi une projection vers l’autre.  C’est un préalable à l’homo faber.

Habiter, c’est donc être fixé sur un lieu stable « qui appartient à », quelque soit la structure juridique de cet « appartient à ». On peut alors distinguer la propriété du sol, de la propriété de l’habitat. Derrière la notion de propriété, on distingue en Droit, trois droits : usus ( le droit de l’utiliser (l’usage), fructus (le droit de recueillir les fruits du bien (le profit), abusus (le droit d’en disposer c’est-à-dire de le détruire en tout ou partie, de le modifier, ou de le céder à un autre.)

C’est le lieu de la famille. C’est dans la maison la différence entre ce que je fais avec et ce que je fais seul. Il y a aussi dans la maison ce que je fais à l’intérieur et ce que je fais à l’extérieur. La maison est aussi le lieu où l’individu et le groupe primitif interagissent (fais tes devoirs – range tes affaires).

La maison, l’habitat, la demeure est le lieu de l’intimité. C’est le lieu dans lequel je vis mon intimité : les pièces de l’intimité, du lieu d’aisance à la chambre, de la chambre au lieu d’accueil et à la cuisine. L’intimité est aussi ce que je partage avec la personne choisie (j’ai un secret). L’intimité, c’est ce qui sort de moi. C’est ce qui est en lien avec mon corps. Une maison, c’est des corps qui évolue les uns par rapport aux autres.

C’est aussi le lieu où je m’habille pour sortir. Je choisis les vêtements en accord avec ce que je veux montrer et en accord avec ce qui me fait plaisir ou ce qui me donne confiance. En sortant je me prépare à jour mon rôle social avec les autres, mon groupe social, la classe, mes copains, mes amis… La personne exclue de la vie sociale n’a plus de maison (sdf) a une maison « dégradée à ses yeux ». Habiter c’est projeter et affirmer sa manière d’être, son identité.

Habiter peut devenir le prolongement de soi, la représentation d’un imaginaire, l’affirmation d’une idéologie. Il témoigne d’un niveau de vie, et d’une appartenance à un milieu social.

C’est le lieu qui distingue l’intérieur de l’extérieur. Habiter c’est distinguer un espace, une frontière entre intérieur et extérieur, domaine, sphère, vie privé et publique. Comment passez-vous de l’intérieur vers l’extérieur ? Pour aller au collège par exemple ?

Une maison a une adresse. L’adresse c’est une coordonnée dans un espace. On a les coordonnées gps qui nous adresse sur la planète (grace au portable). Nous sommes donc des sujets adressés. L’adresse que nous connaissons : nom de famille, numéro, nom de rue, ville, pays. Cela pourrait aussi être une description pour aller quelque part. « POur aller à la maison, tu prends la deuxième rue à gauche ». C’est donc un chemin entre ici et là-bas.

Voir aussi ici

Liens vers « dieu n’a pas d’adresse »

Lien vers un jour une actu

https://www.courrierinternational.com/article/2007/09/27/dieu-traine-en-justice

http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/l-islamisation-et-christianisation-du-nom-de-dieu-au-xxi-me-si

http://www.lepoint.fr/societe/dieu-un-justiciable-pas-comme-les-autres-17-10-2011-1385712_23.php

http://www.liberation.fr/actualite/2007/07/11/un-roumain-deboute-de-sa-plainte-contre-dieu_11621

https://www.arcinfo.ch/sortir-articles/dieu-n-a-pas-d-adresse-61682

http://www.quartier-europeen.eu/Dieu-existe-t-il-et-quel-est-son

Prise de notes

se blottir, c’est une manière d’habiter le monde. Bachelard va , à partir de la maison, mais aussi des espaces plus petits qui sont en son sein, travailler sur les espaces rêvés.

Pour Bachelard, quand on fait un zoom (4e dimension) c’est une intuition géométrique que l’on peut retrouver dans un espace imaginaire, comme un tiroir dans lequel on rentre. On peut le voir aussi dans la lecture d’une affiche.

La poétique de l’espace de Bachelard. A télécharger sur les classiques en sciences sociales. Qu’est-ce que c’est ? pose la question de l’intuition pour habiter un espace. Il fait appel à sa culture scientifique pour montrer la beauté de l’imaginaire. Peut-on rapprocher l’écoute de l’extrait sur la maison et la chanson de benabar, 4 murs et un toit. Ecoute de Bachelard, la chambre est une poétique du repos dans lequel on se repose et où on est heureux. La maison est caractérisée d’une manière sensible.

La topophilie de Bachelard, c’est le bonheur de découvrir des espaces. La maison est comme une membrane qui permet d’entrer et de sortir. Chaque espace de la maison est travaillé par une anima. La cave humide de la grotte contre le grenier sec. Ces espaces sont en tension avec une histoire, une profondeur.

La maison est la maison révée qui s’appuie peut être sur la maison natale mais ne s’y résoud pas. Une vraie maison est verticale, de la cave au grenier. La maison de nos rêve est une exigence humaine pour retrouver le lieu du repos.

La question des images comme espace de jeu (Damiaso parle de cartographie pour parler des images). Si ces espaces r^vés sont des images, alors comment en saisir l’être et en parler. La méthode de bachelard : respecter ces images rêvées et se libérer des intuitions du sens communs. Il faut laisser ces espaces suivre leur propre dynamisme. Il faut ensuite voir les différences. Dans un troisième temps, on va retrouver des analogie avec des concepts très complexe de l’épistémologie. Parle de la loi d’isomorphie. Parler de quelque chose renvoie à des images et appel les sentiments ou des concepts. Rêver, c’est habiter par le rêve, mais c’est aussi avoir habiter une maison pour se reconnaître (Ca ressemble furieusement aux Loci)

« on est pas chez soi dans l’infini » – Bachelard. La maison est/représente un espace intime. La maison est la condensation d’un certains nombres de topos, de lieu. On habite la maison ou est-ce elle qui nous habite ? On ne veut pas vivre dans une hutte mais on veut garder l’image d’une hutte dans laquelle on habite. Avec l’image de la hutte, on retrouve un espace immémoriale dans la forêt. Chaque maison a une image de l’univers en elle. Ce n’est pas la maison où on habite, mais la maison où on rêve d’habiter.

Lecture de « langue et identité »

Ce texte est parue dans la revue lecture jeunesse. Il s’intitule Langue et identité : comment marquer son identité en stigmatisant les autres ? Il est écrit par Jean-Pierre Goudallier. Il est l’auteur de « comment tu tchache ? un dictionnaire du parler banlieue. Il revient ici sur les phénomènes linguistiques à l’oeuvre dans les Cités.

Résumé de l’article

Comme le souligne Bruno de la Salle, les adolescents « auront toujours le besoin de se forger de nouvelles paroles pour se reconnaître et être reconnus ». Jean-Pierre Goudaillier s’interroge sur le langage comme un signe identitaire, partagé par le groupe de pairs. Il souligne la créativité de cette parole « jeune » toujours réinventée.

Prise de notes

Le langage des banlieues est à prendre à la fois dans le cadre d’un processus d’identification à un groupe et dans un processus d’identisation , c’est à dire l’affirmation d’une spécificité, d’une différence par rapport à d’autres groupes. Ces pratiques langagières sont à voir dans le cadre d’une résistance face aux difficultés et aux violences qui sont faites à ces groupes. Le sentiment d’exclusion sociale ressentis par ces groupes l’est à la fois de la part de la société française mais aussi de la société d’origine – à lire Insa Sané – sarcelles dakar.

Le langage permet l’appartenance à un groupe de choisi. Il s’agit alors, par ce biais de construire une identité positive en terme spatial (jeunes de cités contre jeunes du centre-ville ou des zones pavillonaires) , sociologique, socio-économique (classes populaires contre classes moyennes++) et socio-culturel (culture de rue vs culture dominante – notion de capital et voir aussi les héritiers selon Bourdieu). C’est une construction contre les groupes dominants ou jugés tel.

Le langage de cité est une conséquence de la violence ressentie par les cités et un moyen donné, parmi d’autre pour exercer une violence en retour (interprétation?).  Du fait de la violence sociale exercée, entre autres, sur cette population et de la violence réactive qu’elle renvoie à son tour, on constate l’émergence au sein même des réseaux de pairs, de moyens de communication linguistique, qui sont autant de marchés francs, tels qu’ils sont définis par Pierre Bourdieu.

On assiste ainsi à la création d’une culture de l’interstice qui prend des formes culturelles propres (vêtements, hip hop, rap, graph…) accompagné par un parler banlieue qui utilise la verlanisation des mots, ainsi que l’adjonction de mots étrangers, une phonétique propre qui donne l’accent banlieue et une créativité lexicale (wesh). Cette langue est devenue une interlangue entre le français vernaculaire et la mosaïque linguistique des cités. C’est une langue qui s’oppose au français normé, celui de l’école. POur l’auteur, on a à faire à une diglossie, un système langagier double, dont une langue est supérieure àl’autre et qui est la marque d’une révolte sociale.

Le renforcement de l’identité sociale par l’usage d’un langage de révolte marque aussi des représentations discriminatoires par rapports aux autres groupes (puisque je suis rejeté, alors je rejette). Cela apparait dans les mots discriminants qui désigne les autres groupes :

Pour désigner les Arabes maghrébins, les termes beurs, rabzas(15), rabzouilles (avec son suffixe -ouille particulièrement dépréciatif), reubeus et sidis sont, entre autres, employés. Pour les Marocains, camaros est fréquemment utilisé(16). Par aphérèse(17), les adjectifs tunisien et algérien deviennent respectivement zien et rien, les Pakistanais (et tous ceux qui leur ressemblent) des ouettes (aphérèse de cacahouètes(18)). Les Chinois, et de manière plus générique toutes les communautés d’origine asiatique, sont dénommés, entre autres, bridés, Jackys, jaunes, miaous , niacoués(19) (niacs en abrégé), noiches, oinichs, tchounes, pikatchous ou pokemons. Pour les Africains et les Antillais, le lexique utilisé dans les cités comporte un nombre relativement important de mots, plus ou moins péjoratifs, parmi lesquels black, son dérivé blackos (avec suffixe argotique -os) et son verlan keubla(20). Les Français de souche (de souches, par aphérèse), appelés aussi souchiens, n’en sont pas pour autant oubliés par les autres communautés : ils deviennent des toubabs(21) et en verlan babtous (apocopé en babs) et boubtas. Leur teint clair et leurs cheveux blonds donnent lieu à une série de stéréotypes ludiques, parmi lesquels on peut noter blonblons, blondins, fromages blancs (ou froms), pots de yaourt, fesses d’aspirine (ou d’oignon), aspirine, cotons-tiges. Les désignations gaulois, fils de Clovis, Chaber(22) font référence à l’histoire de France. Les habitudes alimentaires, en particulier celle qui consiste à manger du porc (pratique interdite par la religion musulmane), sont elles aussi stigmatisées, ce que confirme l’appellation pâté-rillettes et son aphérèse rillettes.

La stigmatisation est un des moyens que se donnent ces jeunes pour construire une identité sociale positive. A noter que cette identité est moins ethnique que sociale.

Qu’est-ce que l’autonomie ?

L’autonomie est un concept en faisceau, c’est à dire difficilement réductible à une explication simple. Il prend en compte à la fois le couple dépendance / indépendance et le couple physique / psychique. La dépendance physique n’empêche pas l’autonomie car je conserve la capacité à délibérer et à décider. L’autonomie n’est ni l’indépendance ni la liberté de mouvement si je n’est pas capable de réflechir à ses actes. Le rapport entre la servitude et l’autonomie est à discuter. Peut-on faire le choix autonome de la servitude (cf. La Boétie. De la servitude volontaire) ? L’autonomie requiert un minimum de rationalité (agir avec raison) et de responsabilité (intention et projection et volonté)

L’autonomie est volontaire (je fais usage de ma volonté), réflechie (j’envisage les conséquence, mais je réfléchis aussi aux conditions de la faisabilité – en un sens il y a dans la notion de réfléchi la notion de projection), intentionnelle (j’ai l’idée de le faire – à distinguer de la volonté qui est la mise en route) et libre. On retrouve dans la notion d’autonomie la notion de consentement éclairé et libre. Consentir, c’est le faire de manière autonome, y compris en souscrivant, de cette manière à la servitude. cf. L’âge de cristal (1976). Peut-on vivre une vie de plaisir avec un âge limité (30 ans) ?

Beauchamp et Childress (1979) examinent trois conditions de l’action autonome en contexte normal : pouvoir agir intentionnellement, avec compréhension de la situation et sans influences extérieures exerçant un contrôle (contraintes) sur leur action (hypothèse du libre-arbitre).

En ce qui concerne l’intention, elle est soit présente, soit elle ne l’est pas. Par contre en ce qui concerne la compréhension et l’influence, il y a une question de degré. La personne qui agit a-t-elle une compréhension optimale de la situation (pas sûr quand on sait que pour enclencher l’action, il n’est pas possible de connaître l’ensemble des informations à dispositions – la prise de décision est toujours quelque chose de flou) et est-elle plus ou moins sous influence. Parmi les influences, on peut noter les contraintes sociales (interdits, normes, valeurs…), les discours sociaux et tout de qui est de l’ordre de l’éthique prescriptive, et les contraintes et influences des proches, c’est à dire autrui que j’autorise à franchir le périmètre de mon intimité, de manière plus ou moins profonde. Concernant cette question de l’influence, l’inceste du dilemme de l’inceste est-il possible ? La situation est-elle possible sans entraves sociales puisque les normes sociales sont dans les personnes ?

Les compétences que requiert l’autonomie sont variables et graduelles. Par exemple, peut-on faire preuve d’esprit critique quand on ne connaît rien du domaine scientifique dans lequel on évolue. Par exemple peut-on prendre une décision d’achat d’une voiture d’occasion alors qu’on a pas la main sur le moteur mais seulement sur la notoriété du vendeur ? L’autonomie est conditionnelle. Il s’agit alors plutôt de parler de degré d’autonomie. L’autonomie est déterminée et située.

Selon Baertschi (in Durant et jean (Dir.) l’autonomie à l’épreuve du soin, 2015) il y a trois niveaux d’autonomie. L’autonomie de la personne qui est la capacité générale à évoluer et à être l’auteur de sa vie ; l’autonomie de la volonté, c’est à dire la capacité à faire des choix librement dans la situation (exemple de la personne alcoolisée qui conserve soin autonomie générale mais n’a pas, pour l’heure sa volonté) et l’autonomie de l’action et de la décision. Quelle est alors la part d’autonomie dans la décision.

On dénote également trois modèles de l’autonomie. Le modèle kantien de l’auto-législation. Les actions que je fais le sont en fonction de la raison et dépourvu de tout recours aux sentiments. La personne agit selon une loi naturelle qui est celle de la raison. Le modèle de l’indépendance ou de l’autodétermination (Locke – Mill) qui est la capacité ultime qu’aurait l’individu de penser et d’agir en connaissance de cause, selon ses opinions, ses croyances, ses valeurs, ses désirs. L’action est faite par la personne en fonction de qui elle est. L’action se doit donc d’être conforme à qui elle est. Enfin le modèle du plan de vie (Rawls). L’action est conduite selon un projet ou un style de vie, selon une conception de la vie bonne que l’on a librement choisie. Il y a là la notion de projection qui est au centre.

Pour Durant (2016) l’autonomie s’acquiert. Il y a trois niveau d’autonomie, les aptitudes intellectuelles (quelqu’un qui n’aurait qu’une intelligence pratique, comme un animal, est il autonome (NDC) ? Il faut une absence de contraintes, sachant que dans un environnement social, la contrainte est toujours présente dans le regard des autres. Voir par exemple la fabrique du conformisme social sur les réseaux sociaux. ENfin le troisième niveau est celui de l’autorité dans le sens être auteur. Il y aurait là aussi des choses à dire sur ce que signifie être auteur. AU niveau juridique, c’est la production d’une oeuvre originale (la qualité esthétique est absente de la définition). Quelle différence entre auteur de ses actes, et acteur de la situation ?

Pour durant l’autonomie est variable et comporte des degrés. Il détermine 7 degrés. Le premier est l’aptitude à exprimer ou communiquer une préférence ou un choix. Reste à se mettre d’accord sur ce qu’est communiquer et sur ce que l’autre veut dire, avec quel langage il s’exprime.

Le second degré est l’aptitude à comprendre la situation dans laquelle on se trouve. La compréhension est quelque chose de très fluctuant. Elle dépend de l’information que je prend dans l’environnement dans lequel je suis et de ma capacité à prendre cette information. Dans le modèle de l’orchestre, tout communique avec tout. AI-je les capacités minimales ‘observation pour prélever de l’information ?

L’aptitude à comprendre l’information pertinente. La question de la pertinence est intéressante à noter. elle est pertinente par rapport à mon projet ? Par rapport à la situation dans laquelle je suis ? De plus la pertinence suppose un classement, un ordre ? Comment est-il construit ?

L’aptitude à apporter une raison (raisonnement). C’est la fonction de justification de son action. J’ai fait ça parce que !

L’aptitude à apporter une raison rationnelle. Ce qui est mis en avant ici est la cohérence du discours et l’enchaînement logique des propositions sans prendre en compte le contenu. Une personne délirante peut être cohérente, est-celle alors autonome ?

L’aptitude à apporter des raisons relatives aux risques et avantages. La réflexion a envisagé les pours et les contres de la décision et à donc fait un choix en conscience.

L’aptitude à parvenir à une conclusion raisonnable, c’est à dire jugé raisonnable par une personne de jugement (un autre moi même aussi raisonnable que je le suis).

Plus qu’un donné, l’autonomie est d’abord un processus toujours recommencée pour chaque décision.

Les grands modèles éthiques

Après l’introduction de son cours autour de la question éthique et de l’éthique et l’EMC, GD, dans son cours, va aborder la question des modèles éthiques. Il structure cette partie autour d’une distinction entre éthiques conséquentialistes, déontologiques et éthiques des vertus. Dans un deuxième temps il distingue éthiques maximalistes et éthiques minimalistes. Il conclue cette partie sur l’approche principiste.

Ethiques conséquentialiste, déontologique, des vertus

Il part de l’expérience de pensée le dilemme du tramway « le tramway qui tue » de Philippa Foot (1967) que l’on retrouve dans la moral machine. Il s’agit alors d’une évaluation des choix qui va prendre plusieurs formes. Selon l’éthique conséquentialiste, l’acte est évalué moralement du point de vue de ses conséquences (les minimalistes). Il y a une projection linéaire sur l’avenir (principe de séquentialité – avis perso). Selon l’éthique déontologique, l’acte est évalué en fonction de certains critères : droits, principes, impératifs (Kant) (principe des données – avis perso). Selon l’éthique de la vertu, l’acte est évalué au regard de l’agent et de la vertu. La vertu étant alors les valeurs que l’agent s’est appropriées. Il s’agit de savoir s’il agit en accord avec lui-même (principe de relation entre soi et la situation).

Avec l’introduction du « gros homme » dans le dilemme du tramway, on observe des réponses différentes de la première situation alors que les conséquences sont identiques (mort d’un homme pour en sauver cinq). Sous IRM, on s’aperçoit que ceux ne sont pas les mèmes zones du cerveau qui sont activées car dans le second cas (le gros homme) l’IRM dévoile que plus nous sommes impliqués et plus les zones émotionnelles de notre cerveau sont actives. C’est la théorie de la dualité des processus en psychologie morale les processus émotionnel et rationnel peuvent entrer en conflit. Ce qui pose la question, in fine, du libre arbitre gouverné par la seule raison. Qu’en est-il alors de nos émotions, de nos affects, de nos désirs ? [en lecture en ce moment le livre de Damiaso – l‘ordre étrange des choses].

GD aborde ensuite le cas du mécanicien amnésique et du problème éthique posé. Cet homme perd la mémoire. A un moment il va tenter de tuer un malade et de violer une infirmière. Mais à chaque fois il ne se souvient de rien. Sachant que, en situation normale, c’est un homme charmant. Le problème éthique posé est le suivant : doit-on employer des mesures de sédation envers cet homme irresponsable et dangereux ou doit-on le soigner contre tout et alors quelles sont les mesures que l’on met en place pour empêcher qu’il ne récidive ?

La même question se pose avec les élèves (cas S.) Comment sauvegarder l’institution, le bon fonctionnement du cours et en même temps permettre à S. de poursuivre ses études ? La question de l’engagement de l’enseignant est importante mais on ne peut contraindre les enseignants à avoir tous cet engagement quand on sait que ce qui cadre ce métier est finalement le droit du travail d’une part et le référentiel du métier et que l’enseignant a un droit de retrait face aux situations qu’il jugera dangereuse pour lui ? L’institution pourrait alors avoir ce rôle mais elle est défaillante, notamment parce qu’elle ne peut pas mettre en place les conditions optimales pour le respect de l’institution et le respect de S. S. est donc mis en sédation éducative et sera virée.

Pour juger de cette situation, ou de n’importe quelles situations, il y a l’approche principiste. C’est une méthodologie qui vise à examiner chaque problème selon 4 principes : le principe de bienfaisance, le principe de non-malfaisance, le principe d’autonomie et le principe de justice. Il s’agit de poser un regard équilibré sur le problème en faisant appel à l’éthique conséquentialiste (les deux premiers principes), l’éthique déontologique (3e principe) et enfin la métaéthique (4e principe).

L’éthique kantienne et les Maximalistes

La distinction entre ces deux approches de l’éthique se fait sur 4 critères et s’appuie sur la notion d’action entrainant un crime. Il s’agit de regarder chaque situation afin de la classer dans une des 4 classes suivantes :

les actions qui visent à causer délibérément du tort à autrui. Cela a pour conséquence qu’il y ait une victime. Délibéremment signifie de manière volontaire et intentionnelle. On peut avoir l’intention et ne pas avoir la volonté auquel cas il n’y a pas de victime et on peut passer à l’acte sans jamais avoir pensé à faire du mal comme dans un accident de voiture.

Les offenses envers des entités abstraites (siffler un hymne national etc.) Où est la victime ? Les conséquence, (NDC) sont que pour pallier ce problème, on va donner des personnalités juridiques, c’est à dire une fiction,  à des entités non-humaines comme les fleuves, qui interroge sur la notion d’écocide dans le cadre du droit de la nature, ou les robot (ici, ici ou ici).

Les conduites qui ne causent des dommages directs qu’à soi-même. Là encore, où est la victime ?

Enfin les conduites entre personnes consentantes et qui ne causent aucun dommage direct à des tiers (le lancer de nains, le sadomasochisme, l’euthanasie). Et là encore, la question de où est la victime ?

Une fois ces critères posés, un minimaliste ne considèrera que la position où il y a une victime. Il ne condamnera pas les cas 2, 3 et 4 car il n’y a pas de victime. Un maximaliste, lui, aura une position morale et envisagera les 4 cas. Toute la question sera, pour un minimaliste de poser la question de la victime et de l’action qui porte préjudice et du dommage occasionné. Ce qui entre alors en ligne de compte est le fait qu’il y ait une victime directe de l’action et que le préjudice soit intentionnel ou non. L’action a-t-elle produit un dommage direct à une personne et est-il intentionnel. Un accident de voiture, il y a un dommage direct main non intentionnel. Il y a cependant une victime donc condamnation, mais moins grave que dans le cas d’un crime.

Pour un maximaliste (KANT) ce qui est au coeur est la notion de respect de la dignité. La DIGNITAS romaine est la contemplation de la beauté et du divin, de la majesté des choses. Elle s’oppose à la VENUSTAS qui est la beauté que l’on veut s’approprier. Au sens politique, seuls, les grands hommes peuvent être respecté pour leur dignitas. En raison de l’usage traditionnel de l’historiographie, le mot dignitas, qualifiant le rang social, semble présenter un terme évident pour désigner le prestige social à Rome. Mais certains historiens américains (J. Lendon, C. Barton) voient aussi dans la dignitas l’équivalent de la notion moderne de l’honneur. Sur la définition de la dignité sur wikipedia et sur le CNRTL.

Kant va universaliser la notion de dignité (mais apparemment cette universalité de la notion se retrouve aussi chez les stoïciens – art wikipedia). Toute personne mérite d’être respectée. Une personne, c’est une entité qui a une conscience d’elle-même. C’est un infini, c’est à dire une personne qui a  une valeur intrinsèque absolue (elle n’est pas relative dans le contexte), incomparable (deux vies ne sont pas interchangeables), inconditionnelle (ne dépend pas des conditions matérielles) et intangible (auquel on ne peut porter atteinte).

L’humanité que nous portons tous est une valeur absolue et inviolable, y compris par soi même ce qui permet d’interdire le suicide par exemple car c’est un crime contre l’humanité. De là découle aussi les débats sur le don d’organe (se porter atteinte à soi-même), sur la condamnation de l’onanisme (faire usage de soi comme un objet).

Ce qui explique par exemple, dans le dilemme du tramway que l’on ne puisse pas choisir entre un mort et cinq morts. On ne peut pas donner une valeur relative ni variable à une personne. Seuls les objets peuvent se voir affecter un prix. Dans cette acceptation, la personne est toujours une fin en soi et non un objet. Nous sommes donc dans une axiologie (système de valeurs) double entre personnes qui ont une dignité et les choses matérielles qui peuvent se voir affecter une valeur.

En Droit, définir une personne, c’est définir un sujet sur laquelle la loi s’applique et non un objet de. Ce qui explique par exemple la fiction de personnalité morale. Ce qui fonde le choix de cette personnalité, c’est son utilité pratique.

Donc les hommes sont des fins et non des moyens et la dignité est liée à la conscience de soi et à la reconnaissance en droit de la personne comme sujet. Les choses matérielles ont un prix, les personnes ont une dignité. La conscience de soi permet alors d’exprimer un « je » qui se présente au monde.

Cette dignitas trouve son origine dans la raison qui s’oppose à la sensibilité. La volonté est soit mue par la raison et elle trouve là son autonomie, soit elle est mue par les sentiments et elle n’est pas autonome mais hétéronome. D’où la personne doit rechercher la bonne volonté, c’est à dire la capacité à faire son devoir par respect du devoir et non en vue d’avantages. L’intention prime alors l’action. La raison prescrit alors des impératifs moraux universels.

De cela découle donc deux impératifs catégoriques : Une action est bonne si elle est universalisable sans conditions et on ne peut utiliser l’autre comme un moyen puisque l’autre est une fin en soi.

La morale kantienne pose problème quand on aborde la question du mensonge (on ne doit pas mentir) mais aussi les questions liées au suicide, à l’euthanasie et au don d’organe…

Ethiques minimalistes

Ce qui est au coeur du minimalisme, c’est l’absence de victime. C’est la frontière qui fait que l’on a pas à s’occuper de morale. Une victime est une personne qui subit un dommage de la part de autrui. Le père du minimalisme en politique, c’est JS Mill (de la liberté – 1859), qui reste par ailleurs en morale un maximaliste. Il borne bien par exemple le principe de minorité et de majorité. D’abord politique, R Ogien l’étend au domaine moral. Une grande distinction entre minimaliste et maximaliste, et entre droit continental et droit anglo-saxon c’est la propriété du corps. Pour les uns, « je suis mon corps », pour les autres « j’ai mon corps ».

Il y a trois principes (énoncé par Ogien en 2007). L’indifférence morale du rapport à soi même, s’oppose au principe d’asymétrie kantien, et signifie que ce que l’on se fait à soi-même  n’a aucune importance morale. « Je » ne se doit rien à lui-même et personne ne peut vouloir le bien d’autrui, car c’est une ingérence intolérable. C’est particulièrement le cas de l’Etat chez Ogien qui ne peut intervenir dans aucun des aspects de la vie individuelle.

Le deuxième principe est celui de non nuisance envers autrui de manière directe et intentionnelle. C’est la raison qui peut permettre de condamner moralement une action. Le consentement, mais il restera à définir ce que c’est, annule toute faute morale. Selon ce principe, comment traiter le cannibale de Rothenburg ou encore est-ce que le dilemme de l’inceste n’entraine pas de dommage psychique quand même ?

En ce qui concerne le consentement, on parle de consentement implicite (induit par la situation), tacite (non verbal mais évident), explicite (qui demande une autorisation verbale), présumé (qui est déduit de l’absence d’un refus explicite) ou différé (qui concerne un acte futur).

Le consentement doit donc être éclairé. Cela signifie que la personne comprend l’acte (notamment médical), les conséquences de cet acte, les alternatives possibles, les avantages et les inconvénients de chaque solution proposée. Il est libre. C’est à dire qu’il y a une absence de contraintes, qu’il y a un accord explicite de la personne sans contrainte et sans influence. Qu’il est laissé à la personne le pouvoir d’agir autrement et qu’il y a a spontanéïté (cause intuitive de l’acte – pas compris !).

Le troisième principe est l’égale considération de chacun et concerne l’aide à apporter à autrui. C’est donc l’obligation du devoir d’assistance et de bienfaisance. Je dois aider autrui s’il me demande de l’aide, ou s’il est mineur?, et si sa demande est légitime. Quelle position alors prendre quand je suis témoin d’un suicide, indépendamment de l’obligation légale d’aide à personne en danger ?

Le minimalisme n’est envisageable que si la personne est autonome. Ce qui suppose de poser la question de l’autonomie. Est autonome la personne ou la société qui se régit par ses propres lois. C’est à l’origine un concept politique grec qui signifie l’autodétermination d’un Etat. Aristote, les stoïciens, Rousseau et Kant vont intérioriser et individualiser la notion. Autonomie signifie « auto = soi-même » et « nomie = loi ». L’autonomie, c’est donc obéir à des lois qu’on s’est fixées. « L’individu autonome agit librement en accord avec un projet qu’il a lui-même choisi, comme le fait un gouvernement indépendant qui administre ses territoires et met en place ses politiques » (PBE)

On énonce 4 limites au minimalisme, notamment dans le cadre éducatif. En premier lieu, n’est libre et autonome que la personne majeure et non protégée ou à protéger. Quelles sont alors les limites de l’autonomie ? Ce qui pose aussi la question de à partir de quand est-on majeur et autonome ? L’autonomie demande un minimum de rationalité et d’objectivité. C’est une limite légale mais ce n’est pas suffisant pour définir cet objectif. L’autonomie serait alors l’horizon de la relation éducative. GD fait un parallèle avec l’idée de soin. L’autonomie serait aussi l’horizon du soin.

La deuxième limite pose la question des devoirs envers soi-même. Il y a des conduites qui sont condamnables, même quand autrui n’est pas concerné ? A l’école, peut-on tout accepter ? Les conduites déviantes ? Les conduites addictives ? Les conduites à risque ? Les conduites ne répondant pas à la morale sociale ? Et qu’est-ce que la morale sociale ? Le cas « des filles en jupes qui ne se respectent pas ». Outre ces conduites, il y aussi des valeurs sociales positives à privilégier : comment apprendre sans faire d’efforts ? Comment se projeter vers l’avenir en confiance ? Comment avoir de l’empathie envers autrui si on ne fait pas d’effort ? Quid de l’engagement dans ses apprentissages, au delà du discours sur la motivation.

L’idée qu’un acte solitaire puisse ne causer de tort qu’à soi n’est-il pas une vue de l’esprit. La société n’est pas une collection d’individus mais des personnes en interrelation plus ou moins intenses. Sans compter l’axiome selon lequel on a besoin des autres pour apprendre. Cf. Les âges de l’enfant. Mais même en société, on a besoin des autres. Cf. Les théories de la reconnaissance (Hégel – Axel Honneth). J’ai besoin des autres pour devenir autonome.

Enfin dans le domaine scolaire, l’école doit-elle être neutre moralement et peut-elle l’être ? Le maître est porteur de valeurs. GD termine par cette question : faut-il exclure toute instruction morale à  l’école ou en construire une de manière consciente et collective ?

L’approche principiste

Quatre principes sont énoncés ; l’autonomie de la personne, la bienfaisance, la non-malfaisance et la justice (principe de non discrimination, répartition juste et équitable des soins…) Aucun des 4 principes n’est premier.Il faut accepter de traiter au cas par cas, selon les situations. Selon Beauchamp et childress il y a donc « obligation morale de respecter l’autonomie de la personne », obligation de « ne pas lui faire de tort », « agir de manière à lui procurer des bénéfices » et enfin « être équitable vis à vis de la personne, vis à vis des autres malades et vis à vis de la société tout entière ». Il s’agit alors de faire des arbitrages entre ces 4 principes afin de proposer une solution équilibrée.

La bienfaisance, c’est agir pour le bien de la personne afin de lui procurer un bénéfice positif (balance bénéfices/risques). La non-malsaisance fait appel à l’intention du soignant (de l’enseignant). L’autonomie a des obligations négatives et positives. Il s’agit de respecter la volonté du patient et la liberté de la personne, mais quid d’un mineur ? Enfin dans les obligations positives, il y a obligation de promouvoir / restaurer l’autonomie. C’est en ce sens que l’autonomie est aussi un processus en construction entre un aidant et un aidé. Enfin le principe de justice s’inscrit dans un contexte de rareté ou tout le monde doit pouvoir être soigné/éduqué et de manière équitable selon les besoins, les bénéfices attendus et les risques encourus.

 

Qu’est-ce que l’éthique ?

Cette question provient du cours de Guillaume Durant dont un premier article tourne autour de l’éthique et l’éducation morale et civique.

Dans une première acceptation, on peut rapprocher l’éthique des us et coutumes d’une société donnée à une époque donnée. L’éthique est donc contextuelle et en situation. Dans une deuxième voie, c’est aussi la partie de la philosophie qui interroge les moeurs et les conduites humaines et qui renvoie à l’idée de bien. Qu’est-ce qui est bien et qu’est-ce qui est mal ?

Dans cette partie de la philosophie, on découvre l’éthique normative ou prescriptive qui se traduit par les tu dois / tu ne dois pas. La métaéthique vise à décrire l’éthique et à interroger le sens des concepts principaux en éthique. ENfin l’éthique appliquée vise à envisager l’éthique en situation, souvent par le biais d’exercices de pensées, c’est à dire des expériences « en laboratoire ».

La distinction entre éthique et morale et plus d’ordre pratique que véritablement scientifique. Serait de l’ordre de la morale l’éthique normative et de l’ordre de l’éthique la métaéthique.

Découle de cette distinction trois pôles d’enseignement à l’éthique : l’apprentissage des normes et des règles, mais aussi lois, comportements attendus en situation…(éthique normative), la construction d’un jugement critique (métaéthique) et un apprentissage de la sensibilité et de l’engagement (éthique appliquée).