Pour Lancer un débat sur la guerre en 5e

Le déclencheur : une histoire sous forme de conte

« il était une fois deux pays qui était voisin : Le pays de Bric et le pays de Broc. Ces deux pays vivaient en paix depuis très très très longtemps. Tellement longtemps que personne ne se souvenait avoir entendu un jour son grand père parler d’un de ses grands pères qui aurait entendu dire que…

Tout n’était pas rose, loin s’en faut ! Les gens de Bric mangeait à droite et ceux de Broc à gauche. Ces derniers portaient la barbe haute alors que les premiers avaient une large moustache. Dans un pays on disait « bonjour ma mie » et dans l’autre « salut poupoule ».

Les gens de Bric disaient que les gens de broc sentaient la bique alors que ceux de Broc pensait qu’à Bric c’était un peu brac ! M’enfin, l’un dans l’autre, chacun restait chez soi et tout se passait pour le mieux.

Hors il advint qu’un jour, une pauvre chèvre en vint à traverser du pays de bric pour aller brouter vers le pays de broc. Cet évènement suscita la colère des habitants du pays de broc qui en parlèrent à leur roi Brochard III.

Celui-ci adressa une véhémente supplique à son alter ego Brice de Bric pour lui demander que l’impertinente soit punie sévèrement. Seulement voilà, Brice de Bric aimait bien cette chèvre. C’était la chèvre préférée de sa fille Bricomterobert.

Il dit alors que la suffisance des têtes de Broc (une insulte en langage briochien) à vouloir punir cette chèvre était bien lamentable et la demande pour tout dire « ça s’fait pas meussieu ».

S’en suivit un bric à brac d’insultes abracadabrantesques brictamère, broc au lit, face de bric, fesses de broc….

Un jour, qu’une insulte plus virulente qu’une autre avait été lancée, Brochard 3 se réunit en son conseil. Il écouta ses plus fidèles conseillers, entendit leurs arguments, l’énoncé des faits et les hypothèses les plus farfelues. Pour finir il leur posa la question : mais allo,  quoi, que faire ?

  • Brocard le grand déclara « parsembleu c’est la guerre qu’il veut le Brice de Bric.
  • Bron tête de pioche déclara « ah la guerre ah la guerre »
  • brocdugnou de la tête en bas s’emballa « mais la guerre, mon roi, mais la guerre ».

Ils firent tant de bruit que le peuple s’emballa ! « bouttont la morgeuhhhhhs de ces briqués brigands » dirent-ils tous en coeur ! « Sonnons le canon », « découpons les abatis », « dégorgeons les dragons », « croquenufiant en coeur ! »

Brochard en majesté, le bon roi Brochard pleinement souverain et grelotant, déclara alors

  • Alors ce sera la guerre   ?

La Guerre ! la guerre ! Que l’on fourbissent les armes ! Préparer les canons, les arcquebuse et les boulets ! Que saignent le pays de Bric !

Oui mais… Ca fait mal la guerre ? Non ? personne ne sait ?

Mais qu’est ce que la guerre quand on en a perdu la mémoire ?

Compte-rendu de la première séance

Une fois l’histoire lue nous lançons le débat sur la notion de guerre avec un tour de table. Les élèves donnent leur définition propre. A la fin de la séance, nous arrivons à différencier une querelle (le terme n’est pas donné), d’une vendetta et de la guerre. Ce dernier nécessite une organisation, une planification, des rôles etc. Cette distinction est faite suite à une expérience d’élève évoquant les conflits entre bandes de jeunes et police. Violence n’est pas synonyme de guerre.

Au cours de la séance, la mémoire de la guerre est aussi évoquée. Comment les élèves connaissent la guerre : par la mémoire directe (très peu mais nous avons une enfant adoptée très jeune qui est venue d’un pays en guerre), par la mémoire des anciens (très peu), par les monuments aux morts et les commémorations, par les cours, par les jeux vidéo et les films. Ils ‘agit donc essentiellement d’une mémoire indirecte.

Très rapidement a été évoqué la question du droit de la guerre.

Une vidéo support sur les débuts de la seconde guerre mondiale pour la séance 2

L’argumentaire à travailler

On peut trouver un traitement de ce thème de la guerre chez Yves Michaud, l’atlas de la philosophie, Frédéric Lenoir et Brigitte Labbé.

La guerre est un phénomène social. La guerre est quelque chose d’organisé qui demande des ressources d’un Etat. La guerre a une certaine logique qui dépasse normalement le simple assouvissement des passions. La guerre est rationnelle.

Pour certain la guerre est dans la nature humaine (Hobbes – « la guerre de tous contre tous ») et le rôle de l’Etat est justement de confisquer la violence à son profit (max weber) car la paix est désirable car seule à même de préserver la vie. Pour Clausewitz, la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens.

Pour Mo Ti (atlas de la philosophie p25), le salut du peuple est le principe premier du bon gouvernement. La guerre est donc un échec car elle n’est pas profitable au peuple.  Pour d’autre d’un homme corrompu qui doit retrouver une innocence (l’état de nature de Rousseau). L’homme a les moyens, par la discussion et la négociation, par la mise en relation et par le commerce de passer outre (Rousseau et Locke). Dominique de Villepin dit la même chose au conseil de l’ONU, rejoignant à la fois Hobbes, Clausewitz et ROusseau « la guerre est toujours la sanction d’un échec », celui de la politique et des discussions.

Pour Héraclite, la guerre est l’essence même de la rencontre entre les contraires. C’est donc une nécessité. On peut retrouver cette idée chez Chantal Mouffe qui voit dans le conflit entre les contraires, une possibilité de sortir du projet de Hobbes de violence d’Etat par la radicalité démocratique. C’est parce qu’il y a conflit qu’il y a démocratie. C’est dans le conflit que vit la démocratie.

Arguments

Ce qui suit est sujet à caution. Il s’agit surtout de noter à grand traits quelques thèmes donc certainement beaucoup de raccourcis.

A lire aussi

La violence est le monopole de l’Etat qu’il applique au moyen de la police (violence intérieure) et de l’armée (violence extérieure). C’est la théorie de hobbes et de Max Weber.  A l’opposé, Rousseau pense que le conflit peut être subsumer par la négociation et la discussion et que l’éducation est au coeur de de processus. Attention cependant à ne pas confondre la guerre et la violence (violence individuelle, violence légitime…) , la guerre et le conflit (un conflit peut ne pas être violent mais être source d’argumentation comme dans le débat). Un conflit peut ensuite être une forme atténuée ou en construction de la guerre. Voir aussi si la paix est seulement le contraire de la guerre. Cela peut aussi être vu comme une période sans violence.

La guerre est définie par des règles et un droit, attesté depuis l’antiquité et qui interdit la guerre totale, c’est à dire la guerre sans règles. On distingue trois principes essentiels à la constitution de ce droit : un principe d’humanité, un principe de discrimination et un principe de proportionnalité.

Une guerre peut donc être légale si elle répond au droit de la guerre (conventions de la Haye, conventions de Genève, droit humanitaire, droit international, ONU…) Elle peut aussi être légitime quand l’un des acteurs est fondés moralement à faire la guerre. Les guerres de décolonisation rentreraient peut être dans cette catégorie ou alors les guerres de défense contre un agresseur.

Les doctrines de la guerre juste sont des doctrines anciennes fondées par l’Eglise et qui sont à la base du droit de la guerre. On peut citer les guerres pour la défense de la foi (croisade, jihad), les politiques en faveur de la trêve et de la paix de Dieu afin d’imposer des jours (le dimanche) et des périodes (les fêtes religieuses) de paix. Elles sont théorisées par Saint Augustin et Thomas d’Aquin.

La guerre est conduite par des soldats et doit exclure normalement les civils. La Nation cependant peut aussi être amené à prendre les armes dans une logique de libération du territoire nationale. Clausewitz a théorisé la guerre populaire.

Cela fait 80 ans que l’Europe n’a pas connu la guerre sur son sol, à quelques marges près. Dans tous les cas, l’Europe dite occidentale. Ce n’est pas le cas partout dans le monde et la guerre reste endémique. voir la carte sur les conflits en temps réel.

Aujourd’hui l’Europe reste engagées dans plusieurs conflits dit extérieurs. Pour la France, les principaux sont le Mali et la Syrie. Néanmoins ces sociétés rechignent désormais à faire la guerre. Au siècle dernier des groupements politiques, des hommes politiques ont pu s’opposer à la guerre pour des raisons politiques, et on se souvient du discours de Dominique de VIllepin, évoquant ce vieux pays, la France, d’un vieux continent comme le mien, l’Europe, qui vous le dit aujourd’hui, qui a connu les guerres, l’occupation, la barbarie…

Aujourd’hui triompherai plutôt la peur de perdre le confort de la paix. C’est en opposition au conflit démocratique. Et on peut se demander si le refus du conflit permet-il de résoudre les problèmes ?

On peut donc peut être envisager la fin de la guerre. Ce n’est pourtant pas une bonne nouvelle si on suit le commentaire sur le livre théorie du drône de Grégoire Chamayou. Avec la fin de la confrontation directe entre les combattants les pays occidentaux recours à cette chasse à l’homme, un good kill. où celui qui est assassiné l’est d’abord par l’observation d’une signature comportementale. Cela soustrait toute possibilité de pertes de vies humaines parmi les soldats…, élément si sensible dans l’opinion. Ce faisant, en rendant asymétrique le conflit, ceux sont les règles de la guerre qui sont bafouées.

A l’opposé de cette conception se développe également d’autres types de conflits, théorisé au 20e siècle : la guerre civile et la guerre de partisans. On pourrait aussi éventuellement voir dans le terrorisme une autre forme de guerre qui serait le pendant à la guerre technologique. Une guerre du pauvre où l’individu devient arme et où il lui est demandé de frapper n’importe où, n’importe quand afin d’entretenir un climat de peur et de saturer l’espace médiatique. Ce qui importe alors est la victoire dans les médias. Voir les propos de Gérard Chailland, poète et aventurier revient sur cette question de la guerre actuelle.

La question technologique est aussi au coeur de la guerre. L’invasion de la Pologne par Hitler a vu une armée polonaise de cavalier affronter les panzer allemands. Avoir un avantage technologique minimum, sans enfreindre le principe de proportionnalité peut être déterminant. Il s’agit avant tout de vaincre, le plus proprement possible. Et toutes les énergies sont nécessaires. Vinci, du haut de son génie fut d’abord un ingénieur militaire. La guerre permet aussi des progrès techniques, l’exemple classique de la pénicilline étant là pour le rappeler.

A consulter pourquoi on joue à la guerre

 

 

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