Pourquoi faut-il faire des efforts ?

Le contexte et le dispositif

Cette question est posée à des élèves de primaire d’une école d’un réseau REP+. Ce réseau est composé d’un collège recrutant à la fois sur l’aire du quartier mais aussi sur des villages environnants et de deux écoles. C’est un quartier populaire dont les familles sont d’origines culturelles diverses : africaine, principalement guinéenne et magrébine (un tiers), est-européenne (un tiers) et d’ascendance française (un tiers).

Cela fait quelques années que cet exercice existe, promu par la volonté de l’équipe des professeurs des écoles. Il s’appuie sur le travail et le style d’animation de Sylvain Connac que l’on peut découvrir par exemple à cette adresse.

Il y a deux cessions par période, les mercredis. Soit 6 cessions sur l’année. La durée d’une séance est approximativement de 40 minutes.

Pour préparer, l’activité, on s’appuie sur les petits philosophes de pomme d’api accessible via ce site qui répertorie les pistes possibles pour ce débat au travers de trois documents, une BD, un poster, et une fiche. Pour en savoir plus sur la démarche de pomme, d’api et de son éditeur, on peut consulter l’analyse de Peltier.

Tous les élèves de toutes les classes du primaire sont mélangés, à raison de deux ou trois élèves par classes. Il y a donc là des élèves qui ont déjà pratiqué le débat à visée philosophique et des élèves qui ne connaissent pas (les CP). C’est nouveau de cette année. Auparavant, les débats se faisaient par classe. Je ne sais pas pourquoi ce changement.

L’animation se fait à deux personnes, le coordonnateur du réseau rep+, qui a été sollicité par le directeur de l’école et un enseignant documentaliste du collège, en formation diplômante pour le DU philo qui s’est greffé au dispositif. Ni l’un ni l’autre n’a une expérience forte de ce type d’activité. Cela constitue donc un banc d’essai.

En ce qui concerne l’enseignant documentaliste, il a animé une dizaine d’atelier l’année précédente en s’appuyant sur une formation dispensée par Yan Marchand des Petits Platons.

La salle est une salle réservée pour divers usages collectifs. Elle est équipée de tables en bois tout-en-un (les sièges sont solidaires de la tables). Les tables ont été mises en cercle pour accueillir les 18 élèves et les deux intervenants.

Il y a un grand espace central.

Le débat : animation et participations

On constatera une difficulté  à entendre les enfants, de par la distance, un parler chuchoter de certains enfants et un intervenant (un peu sourd).

Une présidente, porteuse de bâton de parole et une secrétaire sont choisies selon les motivations des enfants.

Dans un premier temps, nous laissons chacun s’exprimer. Voici ce que nous recueillons comme avis. Ce qui suit est la prise de notes d’un des intervenants et de la secrétaire. C’est parfois réécrit pour des raisons pratiques (réécriture et compte-rendu de cette activité trois jours après qu’elle ai eu lieu).

Les enfants ne connaissent pas les intervenants qui vont se présenter. La mention du collège de secteur donne un moment sympathique d’échange sur les frères et soeurs au collège. On demande aux élèves de nous excuser de ne pas retenir leur noms.

La question est rappelée : pourquoi faut-il faire des efforts ?

Nous constatons que la question n’a semble-t-il pas été présentée préalablement dans toutes les classes.

On laisse la parole aux élèves qui vont s’exprimer au grès de leur pensée. C’est la présidente qui distribue la parole.

Les paroles du débat

Ce qui suit est la prise de notes partielles de l’enseignant coordonnateur du réseau:

  • Si on ne fait pas d’efforts : on ne peut pas faire ce qu’on voudrait, on peut rater son permis de conduire, on ne peut pas avoir un travail, on va redoubler ?…
  • Si on veut pas faire d’efforts, on est fainéant ça veut dire qu’on veut rien faire et aussi on est barbant !
  • Si on fait des efforts, on a une petite progression, pour passer au collège, pour faire des choses en plus, …
  • Si on fait de la gymnastique, on fait des efforts et après on réussit
  • Pour les évaluations, si tu as pas appris tu peux pas réussir
  • Si on fait pas d’efforts, le cerveau ne peut pas fonctionner, on ne peut pas progresser et avoir un bon métier.
  • Est-ce que c’est dur d’apprendre ? :- quand on fait des efforts, on peut tout faire
    – faut juste bien écouter, apprendre ses leçons,
    – j’apprends petit à petit,
    – au début c’est difficile et après ça devient facile

ce qui suit est la prise de note de la secrétaire

  • si on ne fait pas d’effort on ne va pas y arriver
  • si on ne fait pas d’effort, on va redoubler
  • pour la réussite
  • si on ne fait pas d’effort on est un fainéant
  • s’il y a des évaluations on ne va pas y arriver
  • il faut faire des efforts pour arriver dans la vie
  • il faut faire des efforts pour progresser
  • si tu veux devenir « proprier? » tu dois faire des efforts
  • ça sert à réussir dans la vie
  • non ce n’est pas dur d’apprendre
  • ce n’est pas difficile on a juste à écouter  / oui c’est très dur

Ce qui suit est la prise de notes de l’enseignant documentaliste.

  • pas travailler et on ne réussira pas
  • on va redoubler
  • faire des efforts permet une progression
  • fainéant et rien faire

L’enseignant documentaliste pose la question de ce qu’est être fainéant mais très rapidement les enfants reviennent sur la notion d’effort.

  • faire des efforts pour réussir
  • si on ne travaille pas on aura des échec aux évaluations
  • il faut faire des efforts pour progresser
  • le cerveau ne va pas se former
  • faire des efforts permettra de gagner sa vie
  • faire des efforts permets de mémoriser / d’apprendre

l’enseignant documentaliste demande si cela a été dur d’apprendre 7 fois 8.

  • pour certain apprendre, c’est dur ou ce n’est pas dur
  • c’est comme une poésie
  • c’est difficile au début et ensuite c’est plus facile
  • pour certain il s’agit d’écouter pour apprendre alors que pour d’autre il faut bien travailler le soir

Nous faisons une pause et le collègue référent demande à la secrétaire de récapituler ce qu’elle vient d’écrire

Ensuite le collègue référent demande aux élèves de dire en quoi ils doivent faire des efforts. On va dénoter quatre catégories :

  • faire des efforts sur son comportement
  • faire des efforts pour travailler à l’école
  • faire des efforts pour communiquer et pour être autonome

La séance s’arrêtera sur ce tour de table. Aucune synthèse n’a été faite.

Analyse entre le coordonateur et l’enseignant documentaliste

Pendant le débrief, les deux intervenants constatent qu’ils n’ont pas suivi le déroulement attendu : pas de tour de table au départ, la présidente ne s’est pas exprimée, il aurait fallu distribuer à deux personnes différentes la fonction de présidence et celle de bâton de parole…

Ils constatent également que les enfants sont restés sur le domaine scolaire malgré un essai pour les renvoyer vers leur quotidien.

Ils constatent aussi que les CP ont été déstabilisés par l’exercice et ont refusé de participer. 3 élèves sur 18 n’ont pas pris la parole. D’autres élèves (CE1/2 ?) ont peu participé. C’est surtout les CM qui ont eu une large intervention. Pour les CP il pourrait être proposé qu’ils viennent par 2 de la même classe et/ou un tutorat par un CM.

Une fois le travail effectué, il doit y avoir une suite dans les classes, mais nous ne la verrons pas. Notamment des phrases d’élèves doivent être mises en avant sur des « post-it ».

On  note des questionnements sur le style de l’animation. Doit-on être plus interventionniste ou non ? Dans tous les cas l’absence de synthèse est gênante. D’autre part, nous n’avons pas fait définir la notion d’effort. La taille du groupe aussi est pointée. Avec le recul le trop grand espace entre les enfants est préjudiciable (déjà indiqué plus haut).

Sur le contenu, les intervenants regrettent de ne pas avoir fait expliciter certaines questions pourtant proposées par les élèves comme par exemple le rapport entre effort et développement du cerveau ou le rapport entre difficulté à se lancer et persévérance ou apprentissage de l’effort mais aussi le rôle de l’individu (ici l’enfant) dans sa construction de son autonomie…

Ils regrettent aussi de ne pas avoir creuser la typologie : efforts comportementaux, apprentissage de l’autonomie, travailler pour réussir, inscrite pourtant au coeur de la fiche de pomme d’api.

De manière générale les animateurs se sont peu appuyés sur le matériel de Pomme d’Api.

Des pistes possibles également comme la relation entre le sérieux, l’effort et le travail d’une part et son contraire, le rire, le divertissement et la fainéantise ; ceux sont des représentations sociales qui aurait pu faire l’objet d’un développement.

Ce compte-rendu a été initié par l’enseignant documentaliste et revu et corrigé par le coordonateur. Il doit faire l’objet d’une diffusion vers les professeurs des écoles ainsi que d’une communication dans le cadre du DU.

Le stoïcisme

« il y a ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous » – mais c’est une frontière assez floue. C’est le premier pas vers la conscience que nous sommes limités. C’est la reconnaissance de notre finitude pour éviter de souffrir. C’est donc aussi la conscience de nos limites.

La première limite c’est la mort de l’autre comme de soi. C’est donc en premier l’acceptation la plus profonde de cette limite. C’est donc une philosophie pratique et une psychologie.

« apprendre à vivre c’est apprendre à mourir » – C’est accepter cela comme une loi de la nature. Cela permet d’évacuer la tristesse.

Cela signifie donc que « la mort, ce n’est rien ». L’angoisse de la mort, c’est l’angoisse d’une idée et non d’une réalité. D’où le fait que l’individu est toujours dans l’anticipation ou dans la nostalgie mais on est jamais vraiment dans le présent. Ces émotions font alors naître en nous des émotions (passions selon les grecs). Patos signifie douleur. Les passions sont des projections de notre esprit. Celui qui est responsable, c’est l’individu qui laisse ses émotions prendre le dessus sur lui et sur son état affectif.

« Je ne dois pas être affecté par ce qui ne dépend pas de moi ». Toute émotion est donc une aberration logique car elle ne résout pas le problème qui en est la cause. Nous sommes la cause de nos émotions alors que nous pensons que c’est extérieur à nous. Nos émotions ne sont pas dû aux autres mais à nous même. D’où le concept de maîtrise de soi. C’est une morale individuelle.

Etre stoïcien, c’est refusé d’être affecté par ce qui ne dépend pas de nous. Les émotions c’est de l’énergie non canalisée mais qui ne va pas résoudre le problème. Par contre l’expression de nos émotions peut  aussi être une catharsis.

« ne cherche pas à changer la réalité mais à changer le point de vue que tu as sur la réalité ». C’est une philosophie de la soumission ? Accepter tout c’est une forme de renoncement ! Mais les stoïciens précise bien qu’il faut pouvoir changer ce qui peut être. Il faut donc savoir ce qui peut être changer et le faire. Mais on ne peut pas révolutionner le monde tout seul. On ne peut changer que en fonction de ses capacités.

J’ai le choix aussi de renoncer mais alors je ne fais pas ce qui dépende de moi. Je refuse d’avoir une action sur le monde. C’est un raisonnement dicté par l’égo et l’émotion, le désir de toute puissance. On agit sur le périmètre sur lequel on peut agir.

Nous faisons partit du monde, à notre niveau. Nous ne pouvons pas agir à la place des autres.

C’est une philosophie, non du renoncement mais de la lucidité. Désirer l’impossible renvoie à la passivité et à la frustration.

Les actions que j’entreprends sont marqué par les émotions qui les poussent. Mais sans moteur des émotions, je ne dépend pas de l’illusion. Je suis donc beaucoup plus libre.

« Nos émotions nous rendent esclave »

Il s’agit de relativiser notre capacité d’action sur le monde.

Nous subissons nos émotions parce que nous ne faisons pas l’effort qu’il faut pour les maîtriser. Le bonheur est la condition de cette maîtrise : « l’important n’est pas ce qu’on a fait de nous mais ce qu’on fait de ce qu’on a fait de nous » – sartre. Nous pouvons cependant faire l’effort de changer notre caractère. Cela passe par une vision de changement.

Pour les stoïciens, nous sommes déterminés. Ce qui arrive arrive nécessairement. Quand quelque chose se produit, c’est qu’il y a une cause (une raison). On peut expliquer tout ce qui arrive, sans nécessairement l’accepter ou le légitimer. Expliquer n’est pas excuser. Expliquer les causes, c’est voir que tout est rationnel. La raison englobe tout ce qui est possible de comprendre. On peut ne pas découvrir les causes mais on sait qu’elles expliquent. Il n’y a pas de coïncidence, seulement des points de vue individuels et ignorant.

Comprendre les causes en amont permettrait alors d’empêcher l’événement en changeant le déroulement des causes. Les stoïciens propose alors de comprendre l’événement en prenant un point de vue omniscient.

L’univers est rationnel et doit se conformer à cette rationalité de l’univers. Plus il se rapproche de cette rationalité et plus il et libre et heureux. Le bonheur est donc ne plus dépendre de ses émotions. L’homme est capable, même si ce n’est pas facile, de se dépendre de ses émotions pour  arriver vers le bonheur. C’est par ce travail de combat ontre nos émotions que l’on va vers le bonheur.

Le bonheur est lors le contraire de la satisfaction de nos désirs. Le désir c’est un sentiment qui nous habite et qui manifeste notre manque d’un objet extérieur. Désirer c’est prouver que notre bonheur dépend de choses en dehors de notre volonté. On ne peut pas tuer son désir mais simplement combler momentanément ce désir.

Le bonheur, c’est de ne plus dépendre de ses désirs. Désirer c’est un manque. C’est donc se détacher du corps – cf également les yogis. Il s’agit de se détacher de notre corps et se concentrer sur notre conscience.

Le libre arbitre signifie pour les stoïciens  de ne pas ‘mouvoir de la fatalité du monde. On ne doit pas être passif devant l’événement mais faire preuve de discernement afin de définir ce qui peut être changer et de définir les moyens pour le faire.

A lire les pensées pour moi-même de marc aurele –

la conscience de soi entre immédiateté et détour anthropologique

Ce billet est la lecture (mauvaise – et à peu près) de l’article La critique blumenbergienne de la conscience de soi chez Husserl et sa ré-anthropologisation sur implications philosophiques.

L’auteur veut montrer une critique de la phénoménologie de Hursserl par Blumenberg, dont il fut l’élève. Cette critique porte la conscience de soi comme immédiateté interne, en même temps que l’intentionnalité de l’action. Il faut nécessairement remettre la conscience de soi dans le rapport au corps, le sien comme celui de l’autre.

Chez Husserl, le besoin d’évacuer le corps correspond à la volonté de fonder une philosophie vraie en toute circonstance et pour tout le monde. La conscience transcendentale existe d’abord et va s’incarner dans la conscience empirique. Dans chaque action intentionnelle du sujet, il y a conscience de l’action et conscience de soi. Ce qui import ici c’est le caractère immédiat des deux. Il y a conscience de la conscience dans l’intentionnalité de l’acte.

Comment la conscience peut-elle avoir conscience d’elle-même et accomplir en même temps des actes à visée intentionnelle ?

C’est dans la personne que sujet réfléchissant et sujet réfléchit s’incarne : deux phases d’un même acte de conscience, non réductible. La conscience c’est d’abord une personne qui a un corps et qui réflechit. La conscience ne peut pas être quelque chose de déjà là. C’est d’abord une construction culturelle qui s’inscrit dans un corps historique.

Enfin l’homme est traversé par le « pouvoir-vouloir » de l’autre. Il n’y a conscience de soi que sous le regard de l’autre.

Blumenberg met en avant le concept de « distance » pour montrer que l’une des caractéristiques essentielles de l’être humain « consiste dans le renoncement à l’immédiateté »[37]. Ce renoncement est rendu manifeste dans la création par l’homme d’une « zone culturelle » d’outils et d’institutions autour de « son corps nu »[38], par la domestication indirecte de soi.

la professionnalisation

En cette matinée de découverte autour de l’humour, cette vidéo. Au delà de l’aspect décalé, il est intéressant d’écouter les raisons profondes de l’arrêt, la difficulté à se renouveler, la difficulté à sortir de la forme autrement qu’en dézinguant tout, la dictature de l’immédiateté qui empêche la réflexion, nécessairement sur le temps long, la difficulté aussi à sortir de l’identité patiemment construite mais avec le sentiment de nécessité de devoir le faire…

Évolution du web humoristique

Dans cet article, l’auteur, Monique Dagnaud, pose la question de l’évolution actuelle du web humoristique et de la perte d’insouciance qu’elle constate. Cet auteur est l’auteur d’un livre intéressant Génération Y, les jeunes et les réseaux sociaux : de la dérision à la subversion dans lequel elle a réfléchit surles mécanismes d’appropriation des outils et de la culture numérique par les jeunes afin de mettre en lumière un monde social en perpétuel mouvement et structuré par Internet. Dans ce livre, elle parle alors de génération « je m’exprime par l’image » et de « génération Lol »[voir aussi la vidéo qui conclue cet article]. L’identité et la réputation sont au coeur de cette génération, entre identification, subversion (lutz) et dérision (lol). Ce faisant cette génération crée de « nouvelles formes d’expression et de communications [qui] contribuent à façonner un individu « à la fois extro-déterminé et réflexif » qui se meut au milieu de multiples réseaux en tentant de mettre en avant sa singularité ».

Dans l’article en lecture, MD pose la question de savoir si internet est encore le média de la légèreté ?

Dans sa logique de nouvel espace publique avec des règles bien à lui, elle décrit alors le web humoristique comme un révélateur de l’opinion. Dans la suite elle détaille les singularités de l’humour sur le web : importance des pratiques amateures et de l’espace web comme bac à sable des vannes, recours aux techniques du hacking (manipulation et détournement notamment d’image – recours à la décontextualisation) et du mashing up [ajout de l’auteur de l’article] par réemplois de contenus anciens d’origine, de formats, de degrés et de natures diverses. Ici, tout est simulacre, le réel s’évapore au profit d’une construction « pas sérieuse du réel ».

Les pratiques numériques des jeunes basées sur l’interaction intensive et sur le partage ont galvanisé le rôle social et existentiel de l’humour. Ces phénomènes sont amplifiés par de nouvelles formes de communication : selfies, webséries, mêmes, tags, chaines de youtubers… avec comme contenu principal l’art de se moquer de tout, de tout le monde et surtout de soi [mais la bien-pensance agit ici aussi avec les phénomènes de flamme qu’amplifient les réseaux sociaux]. Nous sommes donc à la fois dans le phénomène de bouc-émissaire et dans une forme d’expression qui sert de défouloir contre la morosité de l’époque avec la recherche systématique de l’affect provoquant la catharsis.

Elle [expression] emploie certains artifices : le délire moqueur ; le fun, la bêtise ou la régression revendiquées ; le tout et n’importe quoi (l’image absurde, l’ellipse, l’aspect énigmatique ou l’insignifiance comme le sont la plupart des mèmes, le bon mot, la formule qui « tue », le lynchage verbal) qui fait rire, aux dépens de soi ou des autres ; la grossièreté, la scatologie. Elle est fondamentalement « non prise de tête », désinvolture et outrance.

Elle prend alors la forme d’une contestation des anonymes contre l’expertise des corps constitués (école – experts à la télé…).

Après avoir caractérisé la communication des jeunes sur Internet et la place et le rôle de l’humour, daté des années 2012-2013, MD constate par la suite une érosion de l’humour sur le web, notamment par la récupération capitaliste et la professionnalisation de certains acteurs et aussi par un appauvrissement de cette contestation qui tombe, pour elle, dans le ricanement et la grossièreté.  Cette évolution marque un certain épuisement de la culture amateur, et les limites d’un média qui colle aux états d’âme de la société civile et peine à en décoller.

L’humour sur internet, avec la professionnalisation des acteurs amateurs voit aussi le retour des professionnels portés par les anciens médias et qui voient là la possibilité d’élargir leur audience et d’augmenter leur communauté.

De quoi rit-on aujourd’hui ?

Coluche a réinventé l’art de la scène comique en important le stand up américain, le tutoiement, le sens du rythme et l’énergie. Qu’en est-il aujourd’hui du comique ? Le stand up a est devenu mainstream notamment via le comedy club de jamel debouze. Le stand up voit un humoriste exposer sa propre vision du monde dans un lieu chaleureux où l’humour se veut collégial. C’est aussi un art de rire « entre soi »? Le rire se fait dans sa propre communauté. Il est clivant car il est aussi identitaire. Celui qui expose sa vision de la société expose avant tout un point de vue communautaire. Il parle de quelque part.

Les humoristes, par rapport à leurs devanciers, n’ont pas une vision universelle. Il ne s’appuie pas sur une culture commune vaste mais sur un microcosme avec qui ils s’amusent. La barrière entre le public et le comique n’existe plus. Ce dernier n’hésitant pas à discuter avec la salle qui peut lui répondre directement. Il y a une familiarité qui fait que chaque spectateur/comique se sent de la famille de l’autre. Une autre coupure implicite tombe également : la frontière entre réalité et fiction. Le comique s’appuie sur son histoire personnelle mais il la transforme. Il y a comme une sorte de didactisation de son histoire personnelle.

Fictionnisation de l’intime, recours à la personnalisation s’explique aussi par une communauté de comiques beaucoup plus denses, et donc en concurrence,  qu’avant, qui doit donc fournir un point de vue clivant et attrayant afin de créer son audience. Le besoin de toujours avoir recours à du nouveau pour occuper le terrain, donc à employer les techniques du marketing, explique aussi les problèmes récents autour du plagiat entre artistes européens et américains. Cela s’explique aisément puisqu’il s’agit de faire migrer d’une communauté nationale à une autre des histoires à adapter et qui ont un potentiel.

Les nouvelles contraintes de la production, et de l’immédiateté (émission de télévision, mais aussi publication sur internet) oblige à écrire vite et à chercher à convaincre rapidement. Le gag doit marcher de suite sous peine de disparaître. On est donc plus dans le feuilletonnage. Il est intéressant de noter qu’une grande partie des auteurs BD/comics qui sont passé par la case Disney ont aussi cette approche. On peut aussi rapprocher cela des qualité de page turner d’un écrivain ou de la mise en séquence des séries ou chaque dernier épisode est d’abord une accroche pour la saison suivante. Il faut écrire vite et attirer l’attention. « Dès la première phrase, l’humoriste doit installer son univers » et il le fait sans filet, dès sa première apparition. Il y a donc à la fois un sentiment d’urgence et aussi le le sentiment de ne pas avoir de seconde chance possible.

Une autre caractéristiques est la recherche de la petite phrase, du bon mot mais déconnecté de toute problématique morale. La bien pensance devient la marque de cet humour, qui pour durer doit faire en sorte de ne pas heurter. Les comiques travaillent pour leur communauté en ayant la volonté de ne pas attirer l’attention sur eux par des écarts heurtant la bien pensance des autres groupes sociaux. On ne cherche plus qu’à faire rire et surtout à ne pas faire penser, car cela devient alors conflictuel et engage l’avenir de l’artiste.

«Une blague polémique et vous êtes immédiatement attaqués via les réseaux sociaux. On est beaucoup dans l’anticipation. On a perdu en spontanéité, même à la télévision on ne peut plus dire ce que l’on veut. Un Desproges et un Coluche n’existeraient plus aujourd’hui.» dit l’humoriste Mawel Madani. AUjourd’ui faire de l ‘humour consiste aussi à prévoir les conséquences et à cadrer son intervention.

 

 

Que faire de l’intuition ?

Dans cet article, l’auteur pose la question du traitement d’une question qui émerge et de la qualité d’animation à faire montre pour la mettre à sa juste mesure dans le dialogue en CRP. Dans tous les cas l’animateur est souvent surpris, ne s’y attend pas mais doit cependant en prendre la mesure, à l’instant, et ressent qu’il y a un potentiel de débat sans pour autant qu’il ne soit formulé comme tel. Comment alors ne pas tuer l’intuition avant qu’elle ne devienne un problème ?

On peut ne pas l’entendre dans le flow de la conversation, on peut l’éliminer, on peut la ramener vers du connu, du confortable pour l’animateur…

Ce que préconise, c’est, dans un premier temps de s’y arrêter, c’est à dire de la reconnaître comme digne d’être traité, ensuite il s’agit de reconnaître la question comme un bien commun, un nous « arrêtons nous sur cette question un moment » puis enfin, c’est de demander à l’auteur de l’intuition de l’éclaircir « un peu ». Ce « un peu » donne du temps et de l’espace pour développer la question.

chercher ou trouver, 1.

Dans cet article, l’auteur revient sur l’intuition (Descartes) qu’on peut rapprocher de concept comme l’insight (le moment où tout bascule et où la solution se fait jour brutalement – une sorte de libération de l’esprit face à un problème) ou de la sérendipité (l’art de trouver ce qu’on ne cherche pas). Cette intuition est souvent le résultat d’un changement de point de vue, ou d’une introspection réflexive, ou d’une remise en cause de ce que l’on sait ou croit savoir (le doute méthodique), ou d’une conversation avec autrui ou avec la tradition.

Cette « explosion » de la solution ne peut être comprise que par rapport à la lenteur de la maturation d’une part et par également l’impossibilité sur le moment à comprendre le sens de cette maturation. Il faut pouvoir apprendre pour agir et on ne peut présager de l’importance de ce que l’on apprend pour une action que l’on entrevoit probablement pas encore (digression de l’auteur de l’article).

Cette explosion fait suite à une interrogation, un étonnement et aussi une incertitude lié au constat d’une non connaissance (les théories du besoin d’information) qui génère de l’angoisse et qui fonde le désir à trouver une solution. Le désir comme constat d’un manque (Platon). C’est parce qu’il y a identification d’un problème, attention, centration, concentration sur ce problème, macération obsessionnelle qu’il peut y avoir ce surgissement. Cette libération apparaît aussi comme un en dehors de soi. C’est une illumination, un Eureka étrange qui ne semble pas provenir de son esprit.

Pourquoi joue-t-on ?

Quelques arguments pour répondre à cette question du jeu :

  • On joue par plaisir, par volonté de jouissance
  • On joue pour s’entraîner. Le jeu est le moyen des enfants/petits (sens animal) pour prendre en main leur environnement, que ce soit la bagarre, la chasse, la course d’une proie, ou le meurtre…
  • On joue pour blaguer et derrière ce concept de blague, il y a le rire mauvais et destructeur de l’autre
  • La compréhension des règles (du jeu mais aussi des règles sociales) est mieux assimilable par le jeu que par la coercition. Le jeu crée un espace de simulation des situations sociales qui permet de comprendre les règles et les normes sociales. C’est un faire semblant !
  • Jouer permet d’entrer dans un cadre arbitraire, défini au préalable.
  • jouer permet aussi d’appréhender la vie « comme un jeu ». De quel jeu s’agit-il alors ? Jeu de hasard, jeu de rôle, jeu pour rire, pour tromper l’ennui (le divertissement pascalien)…
  • Jouer c’est oublier que nous sommes mortel (Heiddeger)